Synthèse sur les mesures prises par les États parties pour construire et renforcer les capacités nationales pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2017)

Le Comité a demandé (Décision 11.COM 9.a) une synthèse spécifique sur les mesures prises par les États parties pour construire et renforcer les capacités nationales pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Cette information a été produite en 2017 pour sa douzième session (ITH/17/12.COM/8.b: anglais|français) et le contenu a été extrait sur cette page pour une plus grande consultation et visibilité.

Cliquer sur les pays concernés pour lire les rapports complets soumis par les États parties.

Certains États ayant présenté un rapport (Madagascar) notent un manque de ressources humaines pour la mise en œuvre des mesures de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tandis que d’autres États peuvent bénéficier de solides capacités en ressources humaines en général du fait d’un riche travail ethnologique (Hongrie) et aussi d’un secteur non gouvernemental développé (dans les Flandres, en Belgique). Le manque de capacités en ressources humaines peut également affecter de manière négative des activités essentielles de sauvegarde, comme l’établissement d’inventaires (Côte d’Ivoire) et le bon fonctionnement des organes de mise en œuvre (Madagascar). Le renforcement des capacités dans les institutions compétentes et la société dans son ensemble est dès lors une priorité cruciale pour certains pays (Cambodge et Oman). En dépit de cela, les États ayant présenté leur rapport n’ont souvent pas d’institution consacrée spécifiquement au renforcement des capacités, la formation nationale relevant alors de l’organe chargé de la mise en œuvre (Burkina Faso, Sénégal, Éthiopie et Cambodge), des universités, des musées (Hongrie et Côte d’Ivoire) et/ou du secteur non gouvernemental. Le public cible des ateliers de formation est large (Bulgarie et République islamique d’Iran). Il comprend, entre autres, les employés des institutions gouvernementales (aux niveaux national et régional), les autorités locales, le personnel des musées, les experts scientifiques et les universitaires, les organisations non gouvernementales, les membres des communautés, les chefs de tribus, les journalistes, etc. Certains pays ont mis en place des systèmes bien développés qui ne touchent pas seulement les agents gouvernementaux et les professionnels de la culture, mais aussi des membres d’organisations non gouvernementales et de la société civile ainsi que les communautés (Pérou). Un effet multiplicateur a pu être noté, grâce auquel les formateurs qui ont bénéficié d’une formation peuvent faire office de personne ressource locale afin de former les fonctionnaires, les habitants, les communautés, les jeunes et d’autres acteurs locaux à la gestion du patrimoine culturel immatériel. De nos jours, les cours en ligne sont de plus en plus utilisés dans ce but. Par conséquent, les services de formation et l’auto-apprentissage (Espagne) se développent.

La formation en gestion du patrimoine culturel immatériel n’est que rarement développée parmi les États parties. Ce sont souvent les institutions universitaires chargées d’une mission scientifique plus large qui ont la responsabilité de ce travail. Les enseignements relatifs aux pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sont dispensés en plus des cours habituels (en particulier l’anthropologie et l’ethnographie). Les institutions gouvernementales de mise en œuvre assurent la plupart du temps des formations internes de renforcement des capacités destinées à leur personnel et (dans certains cas) au personnel d’autres entités gouvernementales, et proposent également des ateliers pour les communautés et d’autres acteurs, en particulier sur les méthodes d’élaboration d’inventaires et de documentation. Le programme de formation « gardiens de la culture » destiné aux gardes-forestiers des parcs naturels du Honduras représente un exemple notable d’intégration d’une formation à la sauvegarde dans un autre secteur d’activité gouvernementale. Au Botswana, le musée national forme les communautés, les chercheurs et les associations. Le Conseil de développement des ressources humaines émet des recommandations sur l’apprentissage tout au long de la vie et l’Autorité nationale de formation valide les formations liées au patrimoine culturel immatériel. Au Japon, l’Agence pour les affaires culturelles forme les administrateurs des gouvernements locaux à la gestion du patrimoine culturel immatériel et le Conseil des Arts forme les artistes actuels et futurs aux arts vivants traditionnels. En Haïti, le Bureau national d’ethnologie a organisé des ateliers de formation des acteurs culturels et, au Panama, une formation aux droits de la propriété intellectuelle est dispensée aux communautés autochtones par la Direction de la propriété industrielle. Au Paraguay, la gestion culturelle (dont fait partie le patrimoine culturel immatériel) est décentralisée au travers de mécanismes participatifs comme les Tables de la culture, pour lesquels une formation est proposée. Des formations en ligne sont également proposées dans certains pays, comme un atelier virtuel sur les méthodes participatives d’élaboration d’inventaires photographiques et audiovisuels (Paraguay).

Certaines institutions d’enseignement supérieur (universités, conservatoires et écoles des Beaux-arts) proposent un enseignement et/ou des formations liées au patrimoine culturel immatériel. Cependant, une grande partie de cet enseignement formel est tourné vers la pratique et la représentation des éléments du patrimoine culturel immatériel (musique, danse, arts plastiques, etc.). Bien que cela contribue à améliorer la sauvegarde et la transmission du patrimoine culturel immatériel et des éléments spécifiques, il ne s’agit que d’une forme indirecte de renforcement des capacités. L’autre aspect de l’enseignement supérieur, c’est-à-dire l’enseignement des méthodes de recherche et de travail sur le terrain aux futurs professionnels de la gestion du patrimoine culturel, concerne plus directement la sauvegarde. Il existe des programmes diplômants dans de nombreux États parties ayant présenté leur rapport (la République de Corée, la République islamique d’Iran et le Danemark) concernant des aspects variés du patrimoine culturel immatériel, en particulier l’ethnologie, l’anthropologie, l’ethnomusicologie, les langues et l’histoire culturelle, ce qui apporte une base utile au développement de l’expertise nécessaire à la mise en œuvre de projets de documentation et de recherche sur le patrimoine culturel immatériel. En outre, des conservateurs formés peuvent aussi travailler avec les éléments du patrimoine culturel immatériel. Des centres de recherche spécialisés et des instituts scientifiques organisent également des formations, des ateliers et des séminaires sur le patrimoine culturel immatériel. Quelques cours de gestion du patrimoine culturel incluent à présent des modules sur le patrimoine culturel immatériel (Turquie, Bulgarie, Gabon, République islamique d’Iran, Maurice et Sénégal) et, dans quelques pays, des cursus de master (ou équivalents) spécifiques ont maintenant été mis en place. En Haïti, les nouveaux programmes de master et de doctorat ont formé trente spécialistes de la gestion du patrimoine culturel immatériel de ce pays, où une université d’été a également été mise en place sur le sujet, tandis qu’en République islamique d’Iran, il existe un cours qui y est consacré (dans le cadre d’un master d’archéologie). En Tunisie, les étudiants des universités qui ont bénéficié de formations au patrimoine culturel immatériel agissent comme intermédiaires entre les experts et la communauté locale.

La recherche constitue un autre aspect de l’enseignement supérieur susceptible de contribuer au renforcement des capacités et il est nécessaire de développer la recherche concernant l’élaboration de cours sur le patrimoine culturel immatériel et de trouver le moyen d’intégrer des formations continues dans des secteurs de l’administration publique qui ne sont traditionnellement pas impliqués dans la gestion du patrimoine. Il est important que la recherche dans le domaine du patrimoine culturel immatériel aille au-delà de la recherche sur des éléments spécifiques et leurs communautés pour se confronter aux implications de la « sauvegarde » et à la façon dont les professionnels du patrimoine (et d’autres acteurs) peuvent être formés pour que ce processus gagne en efficacité. Il est courant que les projets de recherche sur le terrain concernant le patrimoine culturel immatériel soient dirigés par des ethnologues ou des anthropologues, qui travaillent avec (et forment) la communauté locale à répertorier les éléments de leur patrimoine et à les documenter (Croatie). Ils peuvent également élaborer divers programmes conjointement aux détenteurs, à leurs communautés et aux organisations non gouvernementales. En Côte d’Ivoire, plusieurs organisations non gouvernementales et associations professionnelles sont à présent engagées dans la recherche, le recueil et la documentation des connaissances traditionnelles et autochtones, des langues locales et des arts musicaux.

Il faut noter que l’un des aspects du renforcement des capacités sur lequel les rapports apportent le plus d’informations concerne les programmes d’éducation et de formation au sein des communautés et des groupes concernés. Ces programmes sont proposés par divers acteurs : des agences gouvernementales et non gouvernementales, des centres et associations culturelles, des bibliothèques, des musées, ainsi que les communautés et les praticiens eux-mêmes. Par exemple, le Conseil national pour les femmes en Égypte a demandé à une organisation non gouvernementale (avec les Archives nationales) de les aider à former des femmes à l’art de la broderie tally ; des centres culturels et des musées organisent en Lituanie des sessions de formation au cours desquelles les détenteurs transmettent leurs connaissances et savoir-faire à la jeune génération ; une formation à la sauvegarde est offerte dans les communautés du Viet Nam (les dirigeants de clubs de gong) et au Pakistan, les maîtres-artisans sont formés par une organisation non gouvernementale au marketing et à la distribution de leurs produits (des textiles, le travail du bois ou du métal, etc.). Au Brésil, des Maisons du patrimoine organisent des programmes éducatifs pensés pour les communautés locales et en Bulgarie, les Centres culturels communautaires proposent également un enseignement et une formation au patrimoine culturel immatériel. Les musées dispensent également des formations au patrimoine culturel immatériel (le Musée des arts appliqués du PCI à Ankara, en Turquie, et en Bulgarie) comme le font les centres culturels comme le Centre des arts visuels de Thapong (Botswana) et les conservatoires de musique ainsi que les académies de danse (Hongrie, Viet Nam, Cambodge et Inde). D’autres acteurs proposant différents types de formation au sein des communautés incluent les associations communautaires locales (Slovénie), des organisations de la société civile (Portugal et les Philippines) des groupes d’amateurs d’art (Ouzbékistan), les unités des gouvernements locaux (les Philippines) et les promoteurs culturels réunis en association (Nicaragua). Dans un certain nombre de pays, des programmes de formation visent spécifiquement à apporter aux communautés de détenteurs des orientations permettant d’identifier, d’enregistrer, de recueillir, d’utiliser et en particulier, de dresser l’inventaire des éléments locaux, comme c’est le cas en Hongrie, dans l’État plurinational de Bolivie, au Botswana et au Panama. L’obtention d’espaces appropriés pour ces formations pour les communautés représente souvent un problème, et les conseils municipaux, les musées, les centres culturels interviennent pour apporter un soutien (le Musée du Fandango au Brésil, les Centres culturels communautaires en Bulgarie et le Centre de culture populaire de Lituanie).

La formation au sein des communautés peut également se servir du patrimoine culturel immatériel comme d’un outil pour atteindre d’autres objectifs sociaux et économiques, comme en Éthiopie où des potières ont été formées à relever les défis sociaux auxquelles elles étaient confrontées et à répondre aux exigences du marché en s’appuyant sur leurs savoir-faire traditionnels. Le renforcement des capacités en Tunisie a permis de recruter de nouveaux artisans et de consolider leur savoir-faire dans certains domaines (la poterie, le tissage de tapis et la broderie). Le programme de l’école-atelier : Les outils pour la paix destinés aux apprentis cuisiniers de Colombie intègrent la lutte contre la pauvreté dans leurs objectifs, tandis qu’en Arménie, les ateliers de formation sont perçus comme des moteurs du développement socioéconomique et la formation professionnelle de qualité (en artisanat) est rendue accessible à tous les groupes sociaux en vue de réduire la pauvreté et l’inégalité (en particulier celle qui touche les personnes handicapées). Les jeunes du Zimbabwe sont formés à la production d’herbes médicinales et à des méthodes de permaculture durables sur le plan environnemental comme à de possibles sources d’emplois et de revenus, tandis que la formation aux éléments de Timbila et Nyau, au Mozambique, vise à réduire le taux d’abandon scolaire. L’éducation dans les communautés inclut l’enseignement de techniques traditionnelles d’accouchement aux sages-femmes en Autriche, où l’apprentissage concernant la transmission de savoir-faire artisanaux traditionnels, qui a connu un déclin ces dernières années est relancé afin de faire baisser le chômage des jeunes et d’offrir des perspectives économiques.

Certaines activités liées à l’éducation aux espaces naturels et aux lieux de mémoire peuvent également contribuer au renforcement des capacités, pour la gestion du patrimoine culturel immatériel, ainsi que pour la durabilité en général et peuvent même constituer le sujet d’une formation spécifique comme c’est le cas pour un atelier sur le patrimoine agricole et culinaire organisé en Haïti. La sensibilisation en Côte d’Ivoire est centrée sur l’importance des espaces naturels (les forêts sacrées) et des ressources (la plante nangnranhanli qui permet de confectionner les trompes traversières de Gbofe) pour le patrimoine culturel immatériel. Des routes du patrimoine à Chypre contribuent aussi à l’éducation du public au lien entre le patrimoine culturel immatériel et l’environnement physique. Les parcs régionaux naturels en Suisse sont actifs dans le domaine de l’éducation et de la sensibilisation au patrimoine culturel immatériel et à l’environnement naturel (cours de jodler), des activités participatives relatives aux connaissances sur la campagne et l’environnement (l’agriculture) et des visites thématiques guidées (sur les coutumes, l’artisanat). En Lituanie, il existe plusieurs programmes dans les parcs nationaux, qui ont pour objectif la revitalisation de l’artisanat traditionnel, l’identification de marques du patrimoine culturel immatériel et l’encouragement de la pratique des traditions musicales, artisanales et culinaires des communautés rurales. En Éthiopie, la valeur des espaces associés à certains éléments, comme les espaces ouverts entourés d’arbres et de plantes indigènes nécessaires au Fichee est mise en avant.

La coopération internationale constitue un autre moyen important de fournir et de soutenir les activités de renforcement des capacités dans les États parties, notamment par le partage d’expérience et l’identification de bonnes pratiques. Les centres de catégorie 2 pour le patrimoine culturel immatériel sous les auspices de l’UNESCO représentent des pôles régionaux pour la formation au renforcement des capacités. Les Bureaux hors Siège de l’UNESCO organisent des ateliers de formation au renforcement des capacités dans le cadre du Programme mondial de renforcement des capacités de l’UNESCO. Dans quelques pays, les Commissions nationales pour l’UNESCO ont également été étroitement associées à l’organisation de ces ateliers. Ces actions de formation sont avant tout destinées au personnel régional et local de l’autorité du patrimoine culturel qui peut alors faire office de personnes ressources en vue de la poursuite de la formation au niveau local. Les fonds-en-dépôt et d’autres sources de financement obtenues au travers de la coopération bilatérale soutiennent une grande partie de la formation au renforcement des capacités. En outre, l’assistance internationale du Fonds du patrimoine culturel immatériel a été accordée à plusieurs États parties pour des activités de sauvegarde comme l’établissement d’inventaires (par exemple au Mali, au Burkina Faso et en Ouganda), ce qui représente dans bien des cas une forme de renforcement des capacités, et aussi spécifiquement pour renforcer les capacités nationales (par exemple au Maroc, aux Seychelles, au Guatemala, en Mongolie, en Équateur, en Ouzbékistan, au Kirghizistan, en République dominicaine, à Haïti, à Cuba). Une autre initiative de coopération internationale, à savoir le développement de candidatures multinationales a également contribué à renforcer les capacités des États parties au niveau national, en particulier de ceux qui n’avaient pas auparavant d’élément inscrit (par exemple le Pakistan et la République arabe syrienne).

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