Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Tunisie (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2016 et examiné par le Comité en 2017 (dû originellement au 15/12/2012)

Résumé

Dans le cadre de sa nouvelle politique de développement culturel, le Ministère des affaires culturelles accorde une grande importance au patrimoine culturel immatériel, et l’Institut national du patrimoine a réuni une équipe de conservateurs parmi les jeunes diplômés pour recueillir des éléments et élaborer un inventaire du patrimoine culturel immatériel. Les organes principaux chargés de mettre en œuvre la Convention sont les cinq entités suivantes, liées au ministère : l’Institut national du patrimoine (INP), l’Agence pour la mise en valeur du patrimoine et pour la promotion de la culture (AMVPPC) le Centre de musique arabe et méditerranéenne, la Commission nationale pour le patrimoine culturel immatériel et la Direction générale des patrimoines. Un certain nombre d’autres organes rattachés aux autres ministères sont également engagés dans différents aspects de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de la manière suivante : l’Office national de l’artisanat tunisien, l’Office national du tourisme tunisien et le Centre technique de création, d’innovation et d’encadrement du tapis et de tissage. En outre, des musées ethnographiques (dont une dizaine est située dans les différentes régions du pays) forment un réseau qui couvre l’ensemble du pays et joue un rôle notable dans cette dynamique de sauvegarde.
Certains membres des institutions mentionnées ci-dessus ont bénéficié de quatre ateliers de renforcement des capacités organisés par l’UNESCO entre 2014 et 2016 (avec le soutien du fonds-en-dépôt norvégien) après un cycle de formation initiale à l’INP en 2012 destiné à vingt conservateurs du patrimoine attachés à différentes régions. Certains organes gouvernementaux sont chargés d’instruire et de former le personnel en gestion du patrimoine et plusieurs universités proposent des diplômes de master et des doctorats sur des aspects du patrimoine culturel immatériel. L’AMVPPC et le Centre de musique arabe et méditerranéenne organisent aussi des formations liées à des aspects particuliers du patrimoine vivant.
L’expérience de la Tunisie en matière de documentation remonte à la création du Centre des arts et traditions populaires dans les années 60 et à des recherches sur le terrain réalisées par des ethnographes, des anthropologues, des sociologues et des historiens qui forment la base des premières archives sur les traditions orales, les costumes traditionnels, l’artisanat et les habitudes alimentaires. Bien que toutes les institutions mentionnées aux précédents paragraphes contribuent à la documentation, les organes principaux sont : la Division des inventaires et de la recherche (INP), la Bibliothèque centrale (INP), l’Institut national du patrimoine (INP), le Département de l’inventaire et des études des objets ethnographiques, le Centre de musique arabe et méditerranéenne et l’Office national de l’artisanat tunisien. Chacune de ces organisations rend son matériel documentaire accessible aux groupes et aux individus, et celui-ci peut être librement consulté. Une grande partie de la documentation est rassemblée par la société civile, avec l’organisation de campagnes de documentation à l’initiative des associations. Afin de renforcer les capacités en documentation, l’INP a tenu un certain nombre d’ateliers de formation.
Bien qu’aucun inventaire des éléments du patrimoine culturel mondial n’ait encore été réalisé en Tunisie au sens de la Convention, quelques inventaires ethnographiques ont été dressés par l’INP et d’autres institutions d’État, en étroite collaboration avec les communautés locales et les ONG. Parmi eux, se trouve un inventaire des artisanats en danger et des savoir-faire associés. Il a été élaboré par l’INP dans quatre régions (Tunis, Nabeul, Sfax et Gabès). Un autre exemple est un inventaire des professions traditionnelles, débuté en 2008 avec la participation de la communauté, et qui inclut quatre régions (Béja, Jendouba, Bizerte et Tataouine)., En plus des savoir-faire artisanaux, la réalisation d’inventaires s’est concentrée sur quatre domaines principaux, le maraboutisme (adoration des saints), les jeux traditionnels, les connaissances traditionnelles des femmes dans le nord-est de la Tunisie et la conservation des produits alimentaires dans la région de Bizerte. En outre, l’enregistrement sur le terrain d’expressions orales (poésie et musique) a suscité un intérêt accru depuis la création en 1992 du Centre de musique arabe et méditerranéenne. Depuis 2006-2012 plusieurs actions d’enregistrement ont été réalisées afin de sauvegarder les diverses formes d’expressions musicales grâce à des enregistrements audiovisuels systématiques accompagnés d’entretiens avec des praticiens. Un exemple en est le recueil du patrimoine musical du gouvernorat de Kasserine en 2011. De plus, le Centre essaie d’enregistrer des représentions musicales lors des fêtes locales, comme en 2008 lors de la captation de la première session du Urs al-tabl (mariage des tambourins). L’INP apporte un soutien scientifique et financier aux étudiants qui mènent des recherches sur le patrimoine culturel immatériel.
Parmi les autres mesures de sauvegarde, il convient de souligner le soutien financier régulier et l’assistance technique apportés aux diverses fêtes liées au patrimoine culturel immatériel. Trente-six exemples sont donnés de ces fêtes traditionnelles qui se tiennent à travers tout le pays, en zone urbaine ou rurale, et qui attirent un vaste public de tous les âges et de tous les groupes sociaux. Certains praticiens ont bénéficié des facilités de microcrédit grâce à l’Office national de l’artisanat tunisien (ONAT) et à certaines associations, permettant à certains artisanats d’être réintégrés dans le processus de développement durable. En outre, d’autres actions pratiques sont entreprises : le tourisme culturel reposant sur les produits traditionnels, le régime alimentaire vernaculaire et les représentations artistiques traditionnelles sont encouragés et l’ONAT a créé des « villages d’artisanat ».
Concernant l’information et la sensibilisation, le patrimoine culturel immatériel est diffusé dans l’ensemble du pays grâce à des revues spécialisées, des ouvrages sur la culture traditionnelle et des brochures de vulgarisation et de sensibilisation. Plusieurs activités de sensibilisation sont menées par des chaînes de télévision et touchent plusieurs éléments du patrimoine culturel immatériel comme la poésie populaire, la musique traditionnelle, les traditions culinaires et les costumes traditionnels, avec la participation de spécialistes et de professionnel de ces domaines. La réalisation par le Centre de musique arabe et méditerranéenne de près de 30 000 enregistrements audio et audiovisuels constitue un autre moyen de diffuser et documenter le patrimoine culturel immatériel. L’information sur le patrimoine culturel immatériel est aussi apportée aux personnes, aux communautés et aux institutions qui souhaitent les utiliser dans des projets culturels ou sociaux (des documentaires, des festivals, des ateliers pour les praticiens et le public). Le Ministère des affaires culturelles organise aussi tous les ans le Mois du patrimoine en avril-mai, avec l’objectif central de sensibiliser le public, en particulier les jeunes, à la valeur du patrimoine. Plusieurs de ces événements ont été entièrement consacrés au patrimoine culturel immatériel ou à une catégorie spécifique de celui-ci, comme les rites, les croyances et les savoir-faire artisanaux. La mise en place d’une Journée nationale de l’artisanat et du costume traditionnel a renforcé l’impact de ces événements. Ces Journées donnent aux jeunes l’occasion de redécouvrir leur patrimoine au travers de conférences, d’expositions, de présentations artistiques, ainsi que d’ateliers de pratique et d’autres activités.
Bien que le patrimoine culturel immatériel ne soit pas intégré explicitement dans le matériel pédagogique formel, il est enseigné dans le cadre de certaines matières comme la musique et l’art, et il fait partie intégrante des activités extrascolaires organisées par des clubs dans de nombreux collèges et établissements secondaires. Les centres de formation professionnels offrent aux jeunes de nombreuses occasions d’apprentissage des savoir-faire artisanaux traditionnels comme la fabrication de bijoux, la broderie et le travail du bois. Lors des Journées nationales (voir ci-dessus), l’INP, les ONG et les Maisons de la culture liées au Ministère des affaires culturelles proposent aux jeunes des ateliers visant à leur présenter la Convention de 2003 et à stimuler leur intérêt pour le patrimoine culturel immatériel comme marqueur d’identité et vecteur de développement durable. Les Maisons de la jeunesse, placées sous l’égide du Ministère de la jeunesse, mettent également en valeur le patrimoine culturel immatériel par des expositions, des ateliers de présentation des savoir-faire artisanaux traditionnels et des sessions d’activités construites autour d’éléments du patrimoine culturel immatériel, en particulier la musique populaire. Le renforcement des capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel concerne diverses activités, notamment celles lancées par l’ONAT au travers d’un réseau de facilitateurs dotés d’une expérience considérable dans la profession pour promouvoir l’artisanat tunisien, recruter de nouveaux artisans et renforcer leur savoir-faire dans certains domaines. Certains étudiants des universités qui ont joué un rôle de médiateur entre les experts et la communauté locale ont aussi bénéficié de formations en gestion du patrimoine culturel immatériel. Les espaces naturels et les lieux de mémoire importants pour le patrimoine culturel immatériel sont de plus en plus pris en compte dans la politique du patrimoine. L’INP, l’AMVPPC ainsi que plusieurs associations pour la sauvegarde des medinas (les quartiers historiques), comme à Tunis, ont conservé des zaouias (espaces consacrés aux saints) et des ateliers artisanaux.
Concernant la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, l’AMVPPC a élaboré un projet dans le cadre d’une coopération entre l’Italie et la Tunisie visant un développement régional durable fondé sur le tourisme culturel. Ce projet a établi des itinéraires culturels autour des spécificités culturelles de la zone concernée, en particulier du patrimoine culturel immatériel et de l’artisanat. Dans le cadre de cet accord de coopération, l’ONAT a consacré en 2009 des fonds à un projet de développement d’entreprises artisanales et de renforcement du secteur privé. Les échanges d’experts se sont multipliés à l’occasion de séminaires internationaux, comme les deux séminaires qui se sont déroulés en 2006 et 2008, respectivement sur le tourisme et les professions manuelles dans les pays islamiques et sur l’emploi des artisans en architecture, avec un organisme lié à l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Des séminaires ont été organisés avec des experts libyens en 2007 et 2010, avec des experts algériens en 2008 et avec un expert français en 2011, également sur des sujets relatifs à l’artisanat. L’initiative « Dialogue interculturel à travers l’art du tapis » a été lancée en 2012 par le Centre technique de création, d’innovation et d’encadrement du tapis et de tissage et dans le cadre d’EUROPAID-2012 qui est financé par la délégation de l’Union européenne à Tunis. Elle visait au renforcement du dialogue interculturel entre l’Europe et les pays de la région sud de la Méditerranée. Ce projet a été mis en place en Sicile avec le Centre italiano-arabe et la municipalité d’Ulassai et il a permis l’échange de connaissances, de techniques, de méthodes de tissage et de savoir-faire artisanaux. L’INP a conclu un accord en 2011 avec l’ISESCO, le réseau Eurethno de la Fédération européenne des réseaux de coopération scientifique et technique et les Olympiades des jeux traditionnels sardes pour élaborer un thésaurus international des jeux patrimoniaux, organiser des olympiades multirégionales annuelles et sensibiliser aux organisations culturelles et scientifiques. Les ONG se sont également révélées actives dans la coopération régionale, comme l’Association pour la sauvegarde de la médina de Kef, qui a mené une session de formation en 2011, avec l’appui de la Fondation espagnole pour l’innovation et le secteur artisanal.
Jusqu’à présent, la Tunisie ne compte aucun élément inscrit sur la Liste représentative.

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