Décision du Comité intergouvernemental : 20.COM 7.B.43

Le Comité

  1. Prend note que la République arabe syrienne, l’Iraq, la Jordanie, la Libye, Oman, l’État de Palestine, l’Arabie saoudite, la Tunisie et les Émirats arabes unis ont proposé la candidature du kohl arabe (n  02261) pour inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité :

Le kohl arabe est à la fois un artisanat et une pratique sociale qui fait partie intégrante du mode de vie des tribus bédouines et nomades, ainsi que des communautés rurales, marécageuses et de pêcheurs des communautés de la région arabe. Il s’agit d’une fine poudre noire utilisée comme eye-liner par des personnes de tous les genres, qui sert non seulement de cosmétique mais aussi de protection contre le vent, le sable et le soleil. Présent dans la vie quotidienne, les occasions spéciales et les rituels religieux, il est fabriqué à partir d’ingrédients naturels, la préparation variant en fonction des environnements locaux et des modes de vie. Le kohl est fabriqué à la maison ou lors de rassemblements, principalement par des femmes qui transmettent les connaissances et les savoir-faire associés à leurs filles et petites-filles.

  1. Considère que, d’après les informations contenues dans le dossier, la candidature satisfait aux critères d’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité comme suit :

R.1 :  Le kohl arabe est généralement conservé dans des récipients décoratifs appelés « makhala », qui sont généralement transmis comme des souvenirs de famille. La pratique est également transmise par les traditions orales, les événements des communautés, les écoles et les institutions culturelles. Outre le fait qu’il est un symbole de l’identité des communautés et un élément clé des routines de beauté quotidiennes, le kohl est utilisé comme remède de guérison physique et spirituelle. Il encourage le dialogue et favorise des échanges fructueux entre les nations ainsi qu’entre les communautés de femmes. Les yeux maquillés à l’aide du kohl constituent également une forme forte d’expression féminine, en particulier dans les sociétés où seuls les yeux sont visibles en raison de la dissimulation du visage.

R.2 :  Les États parties soumissionnaires ont démontré de manière constante comment cet élément contribue au développement durable et comment son inscription garantirait la visibilité et la sensibilisation à l’importance du patrimoine culturel immatériel. Allié aux soins de santé, cet élément reflète la dépendance des communautés à l’égard du patrimoine culturel immatériel, pour tirer profit de l’environnement et s’adapter aux conditions climatiques difficiles. En mettant en lumière le leadership des femmes dans les domaines social, culturel et économique, l’élément contribue à l’égalité des genres et au développement économique inclusif. En outre, la production de kohl renforce l’autonomie des femmes en zone rurale, en facilitant la création de revenus et en réduisant la dépendance à l’égard des importations étrangères. Cette pratique encourage une production et une consommation conscientes, en offrant des alternatives naturelles aux cosmétiques traditionnels et en minimisant l’impact sur l’environnement. L’élément contribue également à la paix et à la cohésion sociale, sa production encourageant la coopération, l’empathie et l’attention.

R.3 :  Une série de mesures de sauvegarde diverses destinées à protéger et à promouvoir l’élément est présentée de manière cohérente et claire. Conçues pour les zones rurales et urbaines, ces mesures ont été élaborées dans le cadre d’un dialogue ouvert entre les communautés, les groupes et les individus concernés, ainsi qu’avec les organisations non gouvernementales et les autorités gouvernementales des États parties soumissionnaires. Répartis sur six piliers, elles portent sur la sensibilisation, la recherche et la documentation, la promotion et la revitalisation, le développement socio-économique, le dialogue et le partage des connaissances entre les communautés des États parties.

R.4 :  Les États parties soumissionnaires ont démontré l’engagement des communautés dans diverses activités du processus de candidature, telles que des entretiens, des démonstrations en direct, des visites et des consultations. Chaque État partie a formé une équipe nationale chargée de diriger le processus sous une coordination générale. Des recherches approfondies ont été menées sur le terrain, même dans les communautés éloignées et les campements nomades. En ce sens, le processus de candidature a surpassé ses objectifs, en permettant aux équipes de découvrir des aspects de leur vie qui n’étaient pas documentés auparavant. L’utilisation de moyens de communication informels et des réseaux sociaux pour assurer la couverture des démonstrations en direct de la fabrication du kohl a stimulé l’intérêt du public pour le processus.

R.5 :  Le dossier de candidature répertorie les noms des inventaires dans lesquels l’élément est inclus dans chaque État partie, ainsi que des informations sur les organismes responsables respectifs, les numéros de référence pertinents et les dates d’inclusion (entre 2012 et 2024). Des informations sur la fréquence de mise à jour de ces inventaires sont également fournies et varie en moyenne entre un et cinq ans. Dans tous les États parties, les communautés, les groupes et les organisations non gouvernementales participent aux processus d’inventaire.

  1. Décide d’inscrire le kohl arabe sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ;
  2. Félicite les États parties pour leur démonstration exemplaire de coopération régionale autour d’une pratique culturelle qui relie historiquement diverses communautés sous une identité collective, en dépit de conflits et d’instabilités difficiles ;
  3. Félicite en outre les États parties d’avoir produit une vidéo de bonne qualité qui montre clairement la participation des détenteurs à la préparation et à l’utilisation de l’élément.

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