Décision du Comité intergouvernemental : 20.COM 7.B.19

Le Comité

  1. Prend note que le Gabon, le Cameroun et le Congo ont proposé la candidature de Mvet Oyeng, art musical, pratiques et savoir-faire associés à la communauté Ekang (n  02253) pour inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité :

Le Mvet Oyeng est une tradition culturelle pratiquée par la communauté Ekang. Il consiste à chanter une série de récits épiques, accompagnés de danses et d’un instrument à cordes traditionnel. Le public participe activement à la représentation en jouant des baguettes ou en tapant des mains, en chantant et en dialoguant avec le conteur. Le terme « Mvet Oyeng » désigne à la fois les récits, le conteur, l’instrument et le musicien. Il existe deux formes de Mvet Oyeng : sacrée et populaire. La forme sacrée est utilisée lors d’événements importants et suit un processus d’initiation strict pour la transmission, tandis que la forme populaire est plus souple et exécutée lors de célébrations publiques et de spectacles modernes.

  1. Considère que, d’après les informations contenues dans le dossier, la candidature satisfait aux critères d’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité comme suit :

R.1 :  Le Mvet Oyeng implique différents rôles, variables selon la forme, qui incluent les artistes, les sponsors qui organisent les événements et les artisans qui fabriquent les instruments. La pratique est transmise de manière informelle par le biais de rituels et d’un apprentissage pratique. Les femmes peuvent être des conteuses, notamment dans la forme populaire de l’art, mais elles ne fabriquent généralement pas d’instruments et n’en jouent pas. Le Mvet Oyeng contribue à la transmission de l’histoire locale, de la langue et des valeurs communautaires et encourage le respect, la justice, la coopération et la paix. Il favorise en outre la résolution des conflits, renforce les liens sociaux et contribue à préserver l’identité et la mémoire partagée de la communauté.

R.2 :  Le dossier de candidature démontre clairement que l’élément contribue à divers aspects du développement durable, en mettant particulièrement l’accent sur la promotion de la sécurité alimentaire, des soins de santé, de l’égalité des genres, de la paix et de la cohésion sociale, ainsi que de la durabilité environnementale. Cela implique d’accomplir des rites agraires et d’aider à guérir divers maux mentaux, physiques et spirituels et à protéger les populations de certaines épidémies. De nombreuses femmes sont encouragées à devenir des musiciennes et des conteuses Mvet, et tous les membres de la communauté sont encouragés à renforcer l’inclusion, la solidarité et l’ouverture envers les autres. En matière de préservation de l’environnement, l’élément favorise l’utilisation de matériaux biodégradables, en évitant la production de déchets persistants et en récoltant le raphia, ce qui contribue à assurer l’équilibre des écosystèmes.

R.3 :  Les États parties soumissionnaires ont intégré des mesures de sauvegarde du Mvet Oyeng dans leurs plans et politiques. Ces mesures de sauvegarde s’articulent autour de trois axes fondamentaux : la sensibilisation, la promotion et la valorisation ; la revitalisation et la transmission des connaissances et des pratiques ; l’identification, la documentation et la recherche. Certaines mesures sont déjà appliquées et seront renforcées, tandis que d’autres sont en cours d’élaboration dans le cadre de ce processus de nomination. Le dossier de candidature fournit des preuves de la participation des communautés à la préparation et à la mise en œuvre du plan de sauvegarde.

R.4 :  Les États parties ont démontré la participation des communautés au processus de nomination depuis 2008, lorsque les praticiens du Mvet Oyeng ont approché le Centre international des civilisations bantoues pour promouvoir une initiative régionale sur le Mvet qui rassemblerait tous les États pratiquant l’élément. L’implication de la communauté dans le processus de candidature est bien documentée pour les trois pays. Le dossier de candidature montre une participation cohérente et structurée au fil du temps (2008-2024), y compris des ateliers locaux, nationaux et sous-régionaux. Le consentement libre, préalable et éclairé est attesté par des documents écrits et audiovisuels.

  1. Considère en outre que, d’après les informations contenues dans le dossier et fournies par les États parties soumissionnaires dans le cadre du processus de dialogue, la candidature satisfait au critère suivant d’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité :

R.5 :  L’élément a été inscrit au Registre national du patrimoine culturel immatériel du Gabon en 2019, à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel du Cameroun en 2020 et au Registre des résultats d’inventaire du Congo en 2024. Ces inventaires sont tenus à jour par la Direction générale du Patrimoine culturel au Gabon, la Direction du Patrimoine culturel au Cameroun et la Direction générale du Patrimoine et des archives au Congo. Les communautés concernées ont joué un rôle actif à toutes les étapes de ces inventaires. La fréquence de leur mise à jour a été discutée dans le cadre du processus en cours de réglementation au Gabon et au Congo.

  1. Décide d’inscrire Mvet Oyeng, art musical, pratiques et savoir-faire associés à la communauté Ekang sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ;
  2. Félicite les États parties d’avoir soumis un élément qui encourage la valeur de la musicothérapie et du développement durable, fonctionnant comme un moyen d’expression libre et promouvant la tolérance, la solidarité, la compassion et le respect d’autrui. La pratique du Mvet Oyeng est fondée sur le respect de la nature et ne contribue pas à la perte de biodiversité.

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