Le patrimoine vivant dans l’éducation formelle: les élèves et les enseignants partagent leurs expériences dans trois courtes vidéos

Dans le cadre du projet joint UNESCO-UE Mobiliser les jeunes pour une Europe inclusive et durable, professeurs et écoliers issus de 10 écoles du réseau UNESCO ASPnet ont développé et appliqué des projets innovatifs à travers l’Union Européenne intégrant le patrimoine vivant dans l’éducation à l’école. À travers des plans de leçons adaptées ou des activités extrascolaires, le patrimoine culturel immatériel (PCI) a été inclus dans différentes matières scolaires.

Bien que cette approche fût nouvelle pour de nombreux éducateurs et leurs élèves (âgés de 12 à 17 ans), elle a suscité curiosité, créativité et enthousiasme en proposant des sujets d’apprentissage tels que les mathématiques, la physique, la conception assistée par ordinateur (CAO), les langues, la géographie, la musique, l’éducation physique ou les arts visuels, et ce de manières différentes et plus engageantes.

Enseigner et apprendre avec le patrimoine vivant
© UNESCO

L’exploration du patrimoine vivant des élèves à travers des expositions thématiques ou des visites sur le terrain leur a permis de réfléchir sur le PCI, ainsi que d’acquérir un respect et une appréciation de la diversité culturelle.
L’intégration du PCI dans l’enseignement et l’apprentissage a créé un espace favorisant la participation de tous les élèves, y compris ceux d’origines culturelles diverses, ou d’élèves ayant des besoins d’apprentissage spéciaux ou encore présentant des handicaps physiques.

L’enseignement et l’apprentissage du patrimoine vivant dans les écoles primaires et secondaires contribuent également à la réalisation de l’objectif 4 de développement durable. Au cours de ces activités, les enseignants ont remarqué une amélioration des résultats d’apprentissage. En effet, le patrimoine vivant aide à relier les connaissances théoriques à la vie quotidienne des élèves, tout en les motivant à être plus actifs.

Ce projet a également stimulé les approches multidisciplinaires et la coopération entre les enseignants, ce qui s’est traduit par l’utilisation de méthodes et d’outils d’enseignement plus actifs et diversifiés. L’apprentissage avec le patrimoine vivant a renforcé les liens entre les écoles, les familles et les communautés et a encouragé le dialogue intergénérationnel.
Il a contribué au bien-être des élèves, en les aidant à explorer leurs identités et à développer leur respect de soi, leurs compétences socio-émotionnelles et une vision du monde plus positive.

Pour leurs projets scolaires, les 10 équipes composées d’enseignants et de leurs élèves ont sélectionné des éléments du patrimoine vivant pertinents pour eux et leurs communautés. Trois de ces projets ont été documentés dans des courts métrages (cinq à sept minutes) qui montrent comment le patrimoine vivant a été intégré dans les plans de cours et les activités extrascolaires. Les détenteurs et les praticiens du PCI ont été impliqués à différentes étapes par le biais d’enquêtes en ligne, d’entretiens, de visites à leurs ateliers ou de présentations où ils ont partagé leur métier, leurs connaissances et leur passion avec les jeunes.

Trois éléments du PCI, trois projets, trois films

1. Enseigner avec le patrimoine vivant dans une classe culturellement diverse : la pratique d’impression Hanga dans les cours d’art plastique et de mathématiques

Enseigner et apprendre avec le patrimoine vivant : L’impression japonaise Hanga en classes d’art et de mathématiques (long)
© UNESCO

L’école du Campus Comenius à Bruxelles en Belgique est un établissement qui s’efforce d’innover dans l’éducation, notamment en combinant les méthodes d’enseignement traditionnelles à un apprentissage autonome des élèves. La diversité culturelle est une réalité quotidienne pour l’école, c’est pourquoi Rembert, l’enseignant en charge du projet, a commencé par une enquête en ligne auprès de ses élèves pour mieux comprendre leurs origines culturelles. Le résultat a été surprenant : les 140 élèves de l’école ont déclaré avoir leurs racines dans 37 pays à travers le monde et parler 35 langues différentes à la maison.

L’étape suivante a été d’organiser une exposition scolaire pour laquelle les élèves ont été invités à apporter des objets reflétant, selon eux, le patrimoine vivant de leur famille, des objets liés aux pratiques, coutumes et savoir-faire transmis de génération en génération, chers à leurs cœurs. À partir de cette exposition, la technique d’impression japonaise Hanga présentée par Maori (12 ans) a été sélectionnée pour mener à bien le projet dans l’école.

Les enfants issus de l’immigration ont souvent le sentiment de ne pas avoir un espace pour s’exprimer et partager d’où ils viennent. En intégrant le patrimoine vivant dans notre enseignement, les élèves étaient tellement heureux que l’école leur ait offert un espace pour mettre en valeur leur culture.
Rembert Jonckheere (Belgique), enseignant du projet pilote

Les professeurs d’art et de mathématiques ont travaillé en étroite collaboration avec un facilitateur formé par l’UNESCO et le grand-père de Maori, un détenteur de la maitrise du Hanga vivant au Japon, pour trouver les meilleurs moyens d’intégrer cette pratique dans leurs cours. En conséquence, les étudiants ont appris cette technique d’impression traditionnelle dans les cours d’art plastique où ils ont créé des estampes intégrant leurs propres références culturelles. En mathématiques, ils ont utilisé les gravures pour apprendre la transformation géométrique, la réflexion, la translation et la rotation.

2. Utiliser les nouvelles technologies pour enseigner avec le patrimoine vivant: «Glöcklerlauf» dans les cours de physique et de conception assistée par ordinateur


© UNESCO

La Welterbe Mittelschule à Bad Goisern en Autriche est une petite école où les élèves viennent de différents villages de la région de Hallstättersee dans le Salzkammergut. Le projet scolaire sur l’intégration du patrimoine vivant dans l’apprentissage des élèves a été inspiré par la célébration Glöcklerlauf, qui a lieu chaque année à la veille de l’Épiphanie, le 5 janvier.

Je n’ai jamais pensé que je m’intéresserais au patrimoine vivant ou que je pourrais l’intégrer dans mon enseignement. Après cette expérience, en tant qu’enseignants, nous avons compris que le patrimoine vivant peut être combiné avec n’importe quelle matière scolaire.
Florian Englbretch (Autriche), enseignant du projet pilote
Concevoir les structures traditionnelles du Glöcklerlauf pendant la leçon de CAO était beaucoup plus complexe et difficile que de dessiner les motifs géométriques simples que nous faisons habituellement, mais les étudiants ont trouvé cela plus intéressant et plus significatif, car cela était lié à une pratique qu’ils connaissaient tous.
Martin, étudiant

Martin (14 ans), un jeune Glöckler, a travaillé avec son professeur, Florian, pour développer le projet. Martin et d’autres pratiquants de Glöcklerlauf plus expérimentés ont aidé les enseignants et les élèves à mieux comprendre la tradition, sa signification et l’artisanat derrière les costumes. La visite de l’atelier d’un praticien expérimenté a révélé à chacun comment le papier et les lumières décorant les bouchons sont préparés, comment les structures en bois sont construites ou la manière dont les cloches de vache sont utilisées. L’élément Glöcklerlauf a été intégré dans différentes matières et niveaux scolaires : artisanat (7e année), conception assistée par ordinateur (CAO; 8e année), langue allemande (5e année), physique (6e année) et un cours extrascolaire (5e - 8e année).

3. Enseigner l’environnement et l’économie avec le patrimoine vivant : O Merdeiro dans les cours de géographie, de musique et d’art

Enseigner et apprendre avec le patrimoine vivant O Merdeiro en classes de géographie, de musique et d’art
© UNESCO

Le Colexio Eduardo Pondal à Cangas en Espagne est une école située sur la côte galicienne, une région avec de fortes traditions agricoles et de pêche et une langue : le galicien. Le carnaval de Galice est célébré chaque février dans toute la région, pendant lequel les gens se déguisent et se réunissent pour fêter la fin de l’hiver. Bien que les principales caractéristiques de la célébration soient communes à travers la Galice, il y a des particularités locales dans les coutumes et les costumes dont chaque communauté est fière. «O Merdeiro» est l’un d’entre eux, en tant que personnage le plus expressif de Vigo, une ville côtière.

Chacun de nous s’est entretenu avec ses grands-parents, ses professeurs et certaines associations locales avant de partager ses trouvailles avec le groupe. Ces activités nous ont permis d’appréhender notre patrimoine vivant sous des angles différentes, et cela nous a beaucoup plu.
Sara, étudiante
En y intégrant le patrimoine vivant, l’apprentissage scolaire devient plus intéressant, significatif et motivant pour les élèves. Et, en tant qu’enseignants, nous savons que lorsque les élèves sont motivés, ils obtiennent de meilleurs résultats.
María Isabel Bión Caíño (Espagne), enseignante du projet pilote

Sabela et son élève Sara (15 ans) ont décidé d’intégrer la figure carnavalesque du O Merdeiro et les traditions qui lui sont liées dans différentes matières scolaires. O Merdeiro a ainsi été intégré dans les cours d’art avec la confection de masques, la langue et la littérature galiciennes (dictons traditionnels et poésie orale «regueifas»), la musique (chants), mais aussi la géographie pour son lien avec l’environnement et l’économie traditionnelle locale basée sur la pêche et agriculture.
Pour en savoir plus sur l’histoire du carnaval, la figure du O Merdeiro et l’économie de la pêche et de l’agriculture, les élèves ont interviewé parents et grands-parents avant d’assister à une conférence donnée par l’association ethnographique « A Merdeira », puis de visiter une association de femmes fabricants de filets de pêche. Ils ont également participé à un atelier de musique organisé par l’association locale «Peisd´hos».

La sauvegarde du patrimoine vivant à travers l’éducation

Les vidéos font parties d’un ensemble de ressources pour les enseignants sur l’intégration du PCI dans l’enseignement. Le matériel sera ensuite disponible en ligne début 2021 et comprendra notamment un manuel avec une approche étape par étape afin d’intégrer le PCI dans les plans de cours et les activités extrascolaires, 10 études de cas et des outils supplémentaires pour les enseignants.

Le projet UNESCO-UE « Mobiliser les jeunes pour une Europe inclusive et durable » est un effort conjoint de l’UNESCO et de la Commission européenne pour répondre aux priorités communes dans les domaines du patrimoine culturel et de l’éducation. Développé dans le cadre de l’Année européenne du patrimoine culturel, le projet a été lancé en 2019 dans le but d’encourager et de soutenir l’engagement des jeunes dans la protection et la sauvegarde de leur patrimoine culturel.

L’éducation joue un rôle important pour inciter les jeunes à s’intéresser à la sauvegarde de leur patrimoine vivant. La Convention de 2003 reconnaît la « la transmission, essentiellement par l’éducation formelle et non formelle » comme l’une des mesures de sauvegarde (Article 2.3) et mentionne également le rôle important de l’éducation dans la sensibilisation au patrimoine culturel immatériel (Article 14). Depuis 2017, l’UNESCO travaille à la mise en œuvre d’initiatives contribuant à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par le biais de l’éducation formelle et non formelle et des activités sont actuellement mises en œuvre dans plus de 30 pays à travers le monde.

Top