Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Haïti (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2016 et examiné par le Comité en 2017 (dû originellement au 15/12/2015)

Résumé

Au niveau législatif, Haïti a intégré la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans la loi constitutionnelle de 1987 (amendée en 2011), pris une décision mettant le Vaudou haïtien sur un pied d’égalité avec les autres religions (2003), créé une académie de la langue créole (2011) et fait voter une loi de décentralisation (2013) ainsi que le projet de loi sur le patrimoine culturel (2015). En outre, toutes les dispositions du projet de loi cadre pour la politique culturelle (2014) apportent un appui à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. L’organe général chargé de la mise en œuvre est le Ministère de la culture et de la communication, agissant par l’intermédiaire de sa Direction du patrimoine (mise en place en 2006), qui coordonne les actions de ses organes subsidiaires comme le Bureau national d’ethnologie, le musée national, la Bibliothèque nationale et l’Institut pour la sauvegarde du patrimoine national. Le ministère a établi un groupe de travail sectoriel sur le patrimoine en 2015, qui fait office de partenariat entre le public et le privé et joue un rôle consultatif. De plus, le Comité haïtien sur la mémoire du monde et l’élaboration d’un plan fiscal pour le secteur culturel renforcent les actions de mise en œuvre en Haïti. La loi sur la décentralisation (2013) transfère la gouvernance du patrimoine culturel aux autorités territoriales et attribue ainsi cette action à ces entités.
L’Université d’État d’Haïti propose une formation à la gestion du patrimoine culturel immatériel dans ses différents centres universitaires comme l’Institut d’études et de recherches africaines (IERAH) qui propose une licence en patrimoine, mémoire et tourisme, un diplôme de master interdisciplinaire et un programme de doctorat en histoire, ainsi que le Centre de la mémoire et du patrimoine (PIHMO). Le campus universitaire Henry Christophe renforce la formation dans ce domaine par ses activités de recherche. Deux universités privées (Quisqueya et Notre-Dame) participent au renforcement des capacités.
L’université d’État d’Haïti a consacré une grande partie de ses fonds à la documentation du patrimoine culturel immatériel. Les universités privées de Quisqueya et Notre-Dame, le Bureau national d’ethnologie et la Bibliothèque nationale recueillent et conservent également des documents.
L’élaboration d’inventaires est en cours en Haïti et un inventaire multimédia du patrimoine culturel immatériel d’Haïti (IPIMH) qui couvre les régions administratives de l’Ouest, de l’Artibonite, du Nord et du Sud-Est a été entrepris par le ministère en partenariat avec l’Université Laval (Canada). Il est organisé selon des principes géographiques et les domaines du patrimoine culturel immatériel, en particulier la gastronomie, les jeux traditionnels et les pratiques mémorielles traditionnelles. Il s’appuie sur la consultation des communautés. Les critères d’inscription sont l’enracinement de l’élément dans plusieurs territoires, dans l’histoire des municipalités et de la nation, la transmission sur au moins deux générations et la reconnaissance de la vitalité des pratiques par les communautés et plusieurs municipalités. Cinquante éléments ont aujourd’hui été inventoriés, dont vingt-huit sont considérés comme viables et faisant l’objet d’une transmission entre les générations. Des sessions de formation se sont déroulées avec les communautés locales et les communautés de détenteurs, à la suite desquelles les équipes chargées de l’inventaire se sont rendues dans différentes localités afin de s’entretenir avec les détenteurs. Cet inventaire est conservé dans une base de données multimédia constituée de textes descriptifs, de photographies, d’enregistrements sonores et d’extraits audiovisuels accessibles partout dans le monde. Le Bureau national d’ethnologie a aussi dressé un inventaire thématique de la contredanse, qui couvre l’ensemble des dix régions administratives du pays et qui est structuré en fonction des communautés. La contredanse fait preuve d’une grande vitalité : elle est pratiquée dans tout le pays, a évolué et a été adaptée, en fusionnant les danses européennes avec d’autres danses d’origine africaine. Les populations concernées ont été impliquées dans l’identification et la description de l’élément. L’approche principale a consisté à consulter différentes communautés de praticiens de cet élément sur l’ensemble des dix régions du pays et ces acteurs ont participé à toutes les étapes du processus, depuis le recueil de données jusqu’à la diffusion des résultats. La validation a été effectuée au niveau de la communauté par chaque groupe participant à l’inventaire avant une validation au niveau régional et national. Le Bureau national d’ethnologie a créé un site Internet multimédia. Des copies des fiches d’inventaire, des bulletins de recherche ainsi que le site Internet sont accessibles aux communautés. En outre, un Registre du patrimoine national a été créé en 2012. Il inclut à présent cinq éléments de savoir-faire et de pratiques traditionnels.
Au cours des années 2000, Haïti a adopté un Plan stratégique pour le développement culturel 2012-2020, dont les sept champs d’intervention (formation, partenariat, promotion, etc.) impliquent les communautés locales. Cela permet d’intégrer le patrimoine culturel immatériel dans les programmes de planification et dans le budget correspondant. Par exemple, les traditions orales, médicales, artisanales, musicales, culinaires et religieuses peuvent être valorisées avec succès dans le cadre du sous-programme 3.4.1. Concernant les mesures de sauvegarde spécifiques, cela implique des festivals culturels, des foires artisanales, des expositions et fêtes culturelles liés au tourisme culturel et qui soutiennent le développement socioéconomique. En outre, un dialogue social participatif a été initié afin de développer les domaines thématiques suivants : spectacles vivants, arts plastiques, mode et artisanat, secteur des médias et de l’audiovisuel, organisations de médiations culturelles, éducation à la culture et formation professionnelle, secteurs de la création, cadre juridique, financement et patrimoine. La sauvegarde de sites sacrés est un des projets prioritaires pour le prochain plan d’investissement triennal. Elle inclura l’élaboration d’inventaires, l’enregistrement et la présentation des éléments ethnologiques, ainsi que la création d’une structure à Jacmel destinée à la conservation et à la diffusion du patrimoine ainsi qu’au renforcement des éléments du patrimoine culturel immatériel.
Quant à la recherche, plusieurs institutions étatiques mènent des études scientifiques, techniques et artistiques sur le patrimoine culturel immatériel et, en s’appuyant sur l’Université d’Haïti, encouragent les études qui visent à assurer une sauvegarde efficace. De cette manière, l’État finance plusieurs études indépendantes sur des éléments du patrimoine culturel immatériel, comme l’artisanat ainsi que la production artisanale et le savoir-faire qui y est associé, ou sur les activités culturelles économiquement viables. Les domaines de priorité pour la recherche sont les suivants : le patrimoine culturel immatériel lié au vaudou haïtien ; le patrimoine culturel immatériel et le développement du tourisme local ; le patrimoine culturel immatériel - mémoire, traditions orales et art ; le patrimoine culturel immatériel et les pratiques gastronomiques ; et le patrimoine et le cadre normatif. Afin de faciliter l’accès à l’information sur le patrimoine culturel immatériel, tout en respectant les pratiques coutumières, une base de données sur les éléments inventoriés et un site multimédias (voir ci-dessus) ont été créés. L’État a également financé un Centre culturel virtuel (CCV) qui a fonctionné jusqu’en 2015. Le bulletin du Bureau national ethnographique est à présent numérisé pour être plus largement diffusé tandis que la revue Chantiers de l’Université d’Haïti inclut des articles sur les connaissances et le savoir-faire locaux. Comme un grand nombre de pratiques traditionnelles étudiées sont sacrées et font partie intégrante du vaudou, les principes d’une recherche éthique sont strictement respectés et les chercheurs demandent souvent le consentement oral ou écrit des informateurs pour la diffusion des informations recueillies. La radio nationale, la télévision et les journaux ont entrepris une sensibilisation du public. En 2009, le MCC a organisé des débats publics au sujet des éléments du patrimoine culturel immatériel.
Le patrimoine culturel immatériel a été initialement inclus dans l’éducation formelle en 2009, au travers de trois programmes qui incluent l’accès à divers festivals, à des expositions, des foires et la création prévue de 250 espaces culturels, dont 60 ont été lancés en deux ans et impliquaient au départ 10 établissements secondaires du centre de Port-au-Prince. Ils visaient, entre autres, à dispenser des cours de vulgarisation de l’ethnomusicologie et à introduire l’entrepreneuriat artistique et culturel dans les écoles. Cependant, tous ces cours ont été suspendus à cause d’une pénurie de fonds, à la suite des catastrophes naturelles qui ont frappé Haïti en 2010. En 2012, l’État a ravivé l’intégration du patrimoine culturel immatériel dans les écoles en introduisant un sous-programme d’éducation culturelle comprenant six projets. Depuis 2007, le MCC, le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, le Ministère de la jeunesse, des sports et de l’action civique, la Commission nationale haïtienne, le Réseau des écoles de l’UNESCO, le Ministère de l’intérieur et les autorités territoriales ont organisé des rallyes du patrimoine comme activité extrascolaire. Entre 250 et 300 élèves venus de l’ensemble des dix régions administratives d’Haïti se sont rassemblés pour se familiariser avec leur propre pays et son patrimoine.
Concernant le renforcement des capacités, un nouveau diplôme de master et un cours universitaire de doctorat ont formé trente spécialistes à la gestion du patrimoine culturel immatériel d’Haïti. En outre, des universités d’été se sont tenues en 2011 à Jacmel sur le patrimoine culturel immatériel, le tourisme culturel et les nouvelles technologies, et à Limonade en 2013 sur le renforcement du patrimoine, le tourisme culturel et le développement durable ; un atelier de formation a aussi été organisé en 2014 dans la région Arbonite sur l’agriculture et le patrimoine culinaire. Le Bureau national d’ethnologie a tenu des ateliers pour former des acteurs culturels aux concepts clés de la Convention et, en 2014, il a rassemblé des promoteurs du patrimoine, des professionnels et des praticiens de différentes régions administratives pour une réunion de travail afin d’étudier une approche collective de l’élaboration d’inventaires en 2015-2016. Cela a abouti à un inventaire de la contredanse et une demande d’assistance internationale pour le mener à bien. Des associations rattachées à la faculté de sciences humaines à l’université d’Haïti ont organisé des marches, au cours desquelles elles ont mis en avant l’éducation, les espaces naturels et les lieux de mémoire nécessaires au patrimoine culturel immatériel. L’Agence nationale pour les espaces protégés (ANAP), qui est rattachée au Ministère de l’environnement, sensibilise le public aux espaces naturels dans leur ensemble et des équipes du MCC travaillent en synergie avec cet organisme.
Concernant la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, Haïti coopère avec la République dominicaine sur plusieurs questions culturelles dans le cadre du forum CARI-financement européen. Un accord de coopération culturelle (2007) traite des échanges de biens et services culturels, de la formation, des festivals conjoints et des événements culturels, de la participation aux carnavals dans les deux pays, de la création de Maisons de la culture dans les zones frontalières et de la tenue d’une Semaine de la culture haïtienne en République dominicaine et vice-versa. En 2010, Haïti a signé un accord avec le Smithsonian Institute (États-Unis) sur un projet d’assistance concernant la sauvegarde, la stabilisation et la restauration du patrimoine culturel endommagé par le séisme, ce qui inclut les pratiques patrimoniales, le savoir-faire, les connaissances et les représentations de la population haïtienne. Cet accord a conduit à la mise en place d’un Centre de sauvegarde à l’Université de Quisqueya. Haïti a également bénéficié pendant plusieurs années d’échanges et de coopération avec la communauté française de Belgique (l’échange d’expertise, de connaissances et d’études ; la recherche dans des domaines spécifiques de la culture, la formation en musique traditionnelle, etc.). En 2010, le MCC et l’Université d’Haïti ont conclu un accord avec l’Université Laval (Canada) pour développer un réseau d’experts, renforcer les diplômes de master en histoire, mémoire et patrimoine (Institut de recherche et de formation) afin de : développer l’inventaire et une base de données multimédias (voir ci-dessus) ; fournir aux étudiants et aux professeurs d’Haïti un corps de données facilement accessible pour entreprendre des recherches ; et faire de la base de données multimédia un instrument en vue de créations hybrides et de nouvelles améliorations. Une commission de l’UNESCO a visité Haïti en 2013 afin de recueillir les points de vue d’un certain nombre d’acteurs haïtiens sur la manière d’adapter les principes de la Convention à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans le contexte haïtien ; cela a conduit à l’organisation d’ateliers de renforcement des capacités en 2013 afin de sensibiliser les acteurs culturels.
Jusqu’à présent, Haïti ne compte pas d’élément inscrit sur la Liste représentative.

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