Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Autriche (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2015 et examiné par le Comité en 2016

Résumé

L’Autriche, qui a ratifié la Convention de 2003 en 2009, est un État fédéral qui compte un certain nombre d’organes compétents à différents niveaux gouvernementaux. Les gouvernements des neuf Länder (provinces) sont compétents pour mettre en œuvre la Convention de 2003 tandis que la Chancellerie fédérale joue un rôle de coordination : elle a confié la mise en œuvre générale de la Convention à la Commission nationale autrichienne pour l’UNESCO (ÖUK) qui a établi en 2009 un Conseil consultatif pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Le Ministère fédéral de la santé et le Ministère fédéral de l’agriculture, de la forêt, de l’environnement et de la gestion de l’eau sont également impliqués dans des actions transversales de sauvegarde. En conséquence, une utile coordination, tant verticale qu’horizontale, est essentielle.
À ce jour, aucune entité particulière n’a été créée pour assurer la formation à la gestion du patrimoine culturel immatériel mais les deux ministères fédéraux ont financé des activités de formation organisées par des institutions. Des actions de renforcement des capacités sont prévues au niveau des Länder. L’Université de Vienne propose désormais aux étudiants en ethnographie et en anthropologie des cours sur le patrimoine culturel immatériel. Les musées et les archives documentent différents aspects du patrimoine culturel immatériel et il existe également des centres dédiés à la documentation des méthodes de guérison traditionnelles et complémentaires et du patrimoine culturel musical. L’ÖUK a également créé un site web, en libre accès, sur le patrimoine culturel immatériel de l’Autriche.
L’ÖUK gère l’Inventaire national (lancé en 2010) qui est dressé en suivant une procédure ascendante, le Conseil consultatif se réunissant deux fois par an pour évaluer les éléments soumis à l’inclusion à l’inventaire. L’inventaire est structuré selon les cinq domaines du patrimoine culturel immatériel identifiés par la Convention de 2003, une recherche peut également être faite par province ou par date d’inclusion. Les critères d’inclusion suivent étroitement l’article 2.1 de la Convention auquel ont été ajoutées certaines clauses telles que celle stipulant que l’élément ne doit pas être détourné à des fins politiques ou exploité uniquement dans un but touristique ou économique. En outre, les éléments ne doivent pas avoir été revitalisés et doivent avoir été transmis directement de génération en génération sans interruption de longue durée. Le formulaire d’inscription est conçu sur la base du formulaire de candidature à la Liste représentative de la Convention et la viabilité de l’élément ainsi que les facteurs de risque sont également pris en considération. Les soumissionnaires sont encouragés à mentionner les actions de sauvegarde mises en œuvre. Des preuves de la participation la plus vaste possible et du consentement éclairé des communautés, groupes et individus concernés sont également demandées et ceux-ci sont encouragés à proposer des éléments à l’inclusion. Les organisations non gouvernementales accordent souvent leur soutien aux communautés afin de compléter les dossiers de candidature. L’inventaire est consultable sur une base de données en ligne qui est régulièrement mise à jour. Il est également disponible sous forme imprimée.
S’agissant de la recherche, une grande enquête a été menée en 2013-2015 pour identifier les impacts de l’inclusion d’éléments à l’Inventaire national et pour rester en lien avec les détenteurs. Les résultats de cette enquête démontrent que l’inscription conduit à une plus grande visibilité des éléments et un respect accru pour le patrimoine immatériel dans son ensemble. Les agences fédérales ont également soutenu des travaux de recherche sur le patrimoine culturel immatériel (p. ex. sur le tourisme ou la guérison traditionnelle) et l’ÖUK a lancé, avec la Chambre de commerce, un projet sur l’artisanat traditionnel en tant que facteur économique. En outre, un projet de recherche universitaire a été lancé sur la durabilité culturelle des pratiques agricoles et artisanales utilisées pour cultiver la terre et transformer les produits de l’agriculture. En général, les travaux de recherche tendent à s’intéresser tout particulièrement aux impacts de la ratification de la Convention ou de l’inclusion d’éléments à l’Inventaire national.
Un aspect important de la politique du patrimoine culturel immatériel en Autriche est le potentiel qu’il représente pour promouvoir la diversité culturelle et l’inclusion de tous, en particulier, une reconnaissance accrue des minorités linguistiques. Le lien entre le patrimoine culturel immatériel et le tourisme est un autre aspect essentiel des activités de l’ÖUK qui suscite un grand intérêt de la part des autorités. En 2011, un projet commun de l’ÖUK et de l’Office national du tourisme a eu pour objectif la création d’une plateforme d’échange entre experts du tourisme et communautés locales afin d’élaborer une stratégie de tourisme durable. Il est intéressant de noter que la plupart des communautés voient le tourisme comme un atout pour accroitre la visibilité de leur patrimoine culturel immatériel. Les connaissances traditionnelles relatives aux ressources et dangers naturels sont une autre priorité de la politique nationale du patrimoine culturel immatériel. Les collaborations interdisciplinaires sont encouragées afin de découvrir de nouvelles approches en matière de gestion durable des ressources. Plusieurs éléments inclus dans l’Inventaire national sont en lien avec les espaces naturels (p. ex. la production de charbon de bois, l’extraction de poix et la culture de graines traditionnelles).
Plusieurs comités et groupes de travail ont été établis afin de lancer des projets de sensibilisation, en particulier s’agissant du patrimoine culturel immatériel et des dangers et ressources naturels (p. ex. le Ministère fédéral de la santé et le Ministère fédéral de l’agriculture, de la forêt, de l’environnement et de la gestion de l’eau ont créé trois groupes de travail sur le thème « Patrimoine culturel immatériel et forêts »). Par ailleurs, en 2015, le gouvernement provincial de Haute-Autriche a organisé une série d’événements et d’expositions destinés à mettre en évidence le patrimoine culturel immatériel, et celui du Burgenland a fait la promotion du patrimoine culturel immatériel dans une série télévisée de 44 épisodes. Les informations relatives au patrimoine culturel immatériel sont diffusées à la fois par la plateforme en ligne de l’ÖUK et par des documents imprimés (dépliants, brochures, livres, etc.) ainsi que dans des reportages régulièrement diffusés à la radio et la télévision, en particulier au niveau régional. Des réunions d’information et des événements destinés aux adultes (sur le thème de la Convention et sa mise en œuvre, et sur les priorités nationales) ont sensibilisé l’opinion publique au patrimoine culturel immatériel et aux questions qui s’y rapportent. Des représentants de l’ÖUK participent à des festivals, des conférences de presse, des cérémonies de remise de prix et des rassemblements au sein des communautés locales, et de nombreux festivals et événements sont organisés à cette fin. Un certain nombre d’événements ont été organisés à destination de groupes cibles (représentants des Länder, organisations de tourisme, groupes minoritaires, étudiants) afin d’augmenter le nombre de facilitateurs locaux et de sensibiliser ces publics au patrimoine culturel immatériel. En Autriche, plusieurs musées en plein air documentent et préservent la documentation associée à la culture, les modes de vie des communautés, l’architecture populaire, etc.
Le patrimoine culturel immatériel n’est pas, en tant que tel, une matière officielle du programme scolaire mais le sujet est abordé dans différentes matières (p. ex. l’histoire locale, la musique, l’art et l’artisanat) et quelques éléments de l’Inventaire national sont également inclus dans les programmes éducatifs. Le patrimoine culturel immatériel est également le sujet des rencontres des Écoles associées à l’UNESCO et du projet national intitulé « Patrimoine culturel : tradition et avenir » dans le cadre duquel plus de 2 100 élèves issus de 59 écoles ont été formés, entre autres sujets, au patrimoine culturel immatériel. Parmi les actions d’éducation et de formation organisées dans les communautés, en 2009 une conférence a été organisée pour les sages-femmes sur le thème des méthodes et savoirs traditionnels. Des moyens non formels de transfert des connaissances continuent de jouir d’une grande popularité comme en attestent le succès ininterrompu d’événements consacrés à la culture populaire et le nombre croissant de centres artisanaux proposant des programmes éducatifs et des formations. En coopération avec des écoles et des universités, de nombreux centres (auxquels des communautés d’artisans et d’artisanes prennent part) proposent des conférences et des cours, notamment le weekend et pendant l’été, ainsi que des formations de troisième cycle universitaire pour adultes. Malgré un enseignement professionnel de bonne qualité, le nombre d’apprentis décroit régulièrement, aussi l’Autriche consent de grands efforts pour assurer la viabilité de l’artisanat traditionnel. L’Association autrichienne de fauconnerie a également créé une Académie de la fauconnerie qui propose des cours théoriques et pratiques deux à trois fois par an.
S’agissant de la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, le niveau des échanges entre l’ÖUK et les commissions nationales des pays voisins est élevé. Grâce à sa plateforme en ligne, les spécialistes de programmes consacrés au patrimoine culturel immatériel, originaires de toute l’Europe, échangent expériences et bonnes pratiques mais également les problèmes constants auxquels ils doivent faire face. L’Autriche a participé à divers ateliers, événements ou réunions d’experts sur le thème de l’inventaire et elle a conseillé l’Allemagne sur sa ratification de la Convention (2011-2013) par un intense échange d’expériences et de bonnes pratiques. L’Autriche est également active au sein du Réseau d’experts de l’Europe du Sud-Est sur le patrimoine culturel immatériel (p. ex. inclusion de la langue de la minorité rom à l’Inventaire national, présentée comme une bonne pratique) et ses représentants ont participé à plusieurs conférences et ateliers d’experts internationaux afin de partager informations et conseils. En 2013, l’Autriche a organisé un atelier international sur la mise en œuvre de la Convention de 2003 auquel ont participé des experts originaires de Croatie, de Tchéquie, d’Allemagne, de Hongrie, de Slovaquie, de Slovénie et de Suisse, et qui a abordé les différentes approches nationales quant à la mise en œuvre de la Convention et les thèmes prioritaires, dans l’optique de futurs projets de coopération (en particulier s’agissant de candidatures et de projets multilatéraux et transfrontaliers). Les candidatures multinationales et les autres mécanismes d’échange d’informations ont permis aux praticiens (communautés, organisations non gouvernementales, associations et experts) d’établir et d’entretenir des réseaux transnationaux et transfrontaliers (p. ex. entre les artisans et artisanes européens travaillant le bois).
L’Autriche a trois éléments inscrits sur la Liste représentative. La fauconnerie, un patrimoine humain vivant (avec les Émirats arabes unis, la Belgique, la Tchéquie, la France, la Hongrie, la République de Corée, la Mongolie, le Maroc, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Espagne et la République arabe syrienne, inscrit en 2012) est un élément multidimensionnel car il consiste en un ensemble de connaissances sur les oiseaux de proie, l’environnement naturel, les expressions linguistiques et artistiques ainsi que sur l’artisanat traditionnel. L’élément étant une inscription multinationale, les fauconniers de différents pays ont été encouragés à se réunir et à s’engager dans un échange interculturel de connaissances. Schemenlaufen, le carnaval d’Imst, Autriche (inscrit en 2012) est un élément important du point de vue social puisqu’il unifie la population locale et constitue également pour les nouveaux habitants de la ville un moyen d’intégration. L’élément inclut aussi un certain nombre de pratiques culturelles, d’expressions, de connaissances et de compétences (la fabrication de masques, la construction de chars du carnaval, l’art du conte et la danse). Parmi les menaces ressenties pour l’élément, on peut citer le remplacement des représentations traditionnelles sur les chars par les nouvelles technologies et les impacts du tourisme ; la Maison de Fasnacht, un musée et des archives consacrés à l’élément, joue un rôle central dans sa sauvegarde, c’est à la fois un point de rencontre et un centre culturel, elle est un centre local de documentation, accueille des représentations sur scène et organise des activités de transmission auprès des écoles locales. Il n’est pas fait rapport de L’équitation classique et la Haute École de l’École d’équitation espagnole de Vienne (inscrit en 2015) dans ce cycle.

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