Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Albanie (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2013 et examiné par le Comité en 2014 (dû originellement au 15/12/2012)

Résumé

La Loi albanaise sur le patrimoine culturel a été amendée en 2005/6 afin d’inclure des articles concernant la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui définissent les tâches et actions des institutions nécessaires à sa protection. L’organe national en charge de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est le Service du patrimoine culturel du Ministère de la culture, du tourisme et des sports (MCTS), qui compte, parmi ses 7 experts, 2 responsables du patrimoine vivant. Le Comité national du patrimoine culturel a été établi en 2006, il est dirigé par le Ministre de la culture et est composé de neuf membres issus de diverses institutions scientifiques représentant tous les principaux domaines du PCI. Le Centre national des activités folkloriques (dépendant également du MCTS) est en charge de la promotion et de la sauvegarde des valeurs immatérielles.
Le Centre des études albanaises est la principale institution en charge de la documentation du PCI et l’Institut d’anthropologie et d’étude des arts détient également des éléments de documentation sur le sujet. En outre, divers musées participent à des activités de documentation liées à leur propre collection ethnographique, notamment le Musée historique national (à Tirana), et les quatre Musées ethnographiques de Berat, Shkoder, Kruje et Vlore. Depuis 2011, le Centre national d’inventaire des biens culturels conçoit un logiciel pour une base de données consacrée au PCI et destinée à stocker toutes les données recueillies jusqu’alors par les différentes institutions.
La Loi sur le patrimoine culturel exige que toutes les institutions publiques dressent des inventaires du patrimoine culturel (y compris du patrimoine immatériel). En 2010, la Comité national du patrimoine culturel a proclamé les sept premiers éléments d’une Liste nationale du patrimoine culturel immatériel. Un travail a été lancé conjointement par l’Institut d’anthropologie et d’étude des arts et le Centre national d’inventaire des biens culturels afin de permettre une saisie informatisée de ces sept éléments. En général, outre une collaboration avec les experts qui recueillent les données sur le terrain, les communautés et les détenteurs participent aux projets de recherche liés à ces données. Les critères utilisés pour l’inclusion du patrimoine culturel immatériel à l’inventaire sont les suivants : l’élément appartient à une ou plusieurs catégories de patrimoine immatériel ; la communauté a identifié l’élément comme faisant partie de son patrimoine culturel ; l’élément contribue à la diversité du PCI dans la Liste ; l’élément appartient à des catégories particulières de population telles que des minorités, des groupes ethniques, etc. ; et l’élément risque de disparaître. L’inventaire prend donc en considération la viabilité du patrimoine culturel immatériel et le risque potentiel de disparition. La Liste est mise à jour lorsqu’un nouvel élément du patrimoine immatériel est inscrit, toute révision des informations concernant des éléments précédemment inscrits est décidée au cas-par-cas. Si l’élément connaît des modifications, les détenteurs doivent en informer les experts (ethnologues ou autres) qui transmettent alors les informations au Ministère, les détenteurs peuvent également informer le Ministère directement. À ce jour, le Conseil national albanais de la musique est la seule organisation non gouvernementale qui ait mené à bien des activités d’inventaire (sur le chant iso-polyphonique et ses détenteurs).
Au coté des autorités locales, le Ministère de la culture apporte son soutien à différentes activités de sensibilisation telles que des ateliers, des expositions, des cours, des représentations, la production d’enregistrements audiovisuels et d’autres matériels connexes. Il accorde également une aide financière de 8 000 euros à l’organisation d’activités dans le domaine du patrimoine culturel immatériel. La moitié de cette dotation est gérée par le Centre national des activités folkloriques qui organise des événements annuels dans tout le pays, notamment différents festivals (p.ex. le Festival national d’art populaire, le Festival de musique populaire, le Festival national d’isopolyphonie, etc.). Par ailleurs, le Centre organise des foires d’artisanat traditionnel, des ateliers et des réunions d’experts du patrimoine immatériel, publie des livres et des dépliants, etc. S’agissant des mesures visant à promouvoir la fonction du patrimoine culturel immatériel dans la société, le MCTS a inclus un chapitre spécifique sur le patrimoine vivant dans sa Stratégie culturelle, et un Plan d’action dédié a été élaboré en collaboration avec l’UNESCO et le PNUD, il prévoit des mesures de sauvegarde des différents domaines du patrimoine immatériel.
Des programmes éducatifs sont proposés par différents organes gouvernementaux, des associations (organisations non gouvernementales) et des experts afin de promouvoir l’artisanat et les arts traditionnels dans des centres artisanaux présents dans tout le pays, par exemple en revitalisant l‘artisanat traditionnel et en donnant des moyens aux détenteurs afin qu’ils le transmettent. L’éducation au patrimoine naturel et culturel fait partie intégrante du programme scolaire officiel. Au niveau local, des efforts sont entrepris afin de sensibiliser les communautés elles-mêmes et les jeunes. Un important projet de renforcement des capacités dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été mis en œuvre par le Conseil national albanais de la musique, en collaboration avec l’UNESCO et avec le soutien du Fonds-en-dépôt japonais pour la sauvegarde du PCI. Le projet consiste à organiser des cours de formation destinés aux jeunes sur les différentes façons d’interpréter et de chanter l’isopolyphonie. Vodafone Albanie a apporté son soutien à un autre projet de formation des jeunes au chant isopolyphonique.
En ce qui concerne la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, l’Albanie collabore avec d’autres États sur les questions relatives au PCI, en particulier avec les pays du sud-est de l’Europe, dans le cadre d’accords bilatéraux et/ou multilatéraux, principalement afin d’échanger des informations, des experts et des connaissances sur différents aspects du patrimoine culturel immatériel. À titre individuel, des experts, certaines organisations non gouvernementales et des détenteurs sont également en contact avec leurs homologues des pays voisins, en général, pour coopérer sur des projets particuliers. L’Institut d’anthropologie et d’étude des arts met actuellement en œuvre un projet de recherche intitulé « Vivre à la frontière » qui vise à évaluer et inventorier les modes de vie et les éléments du patrimoine immatériel transfrontaliers. Des festivals annuels de folklore traditionnel rassemblent des groupes et des communautés culturelles venus de l’étranger.
L’isopolyphonie populaire albanaise a été inscrite sur la Liste représentative en 2008. Le Conseil national albanais de la musique (une organisation non gouvernementale) a ensuite constitué la première base de données en libre accès consacrée à cet élément. Depuis que l’élément a été déclaré Chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005, toute une série de mesures juridiques, institutionnelles et autres ont été prises, sous la responsabilité du Ministère, notamment un Plan d’action pour la protection de l’isopolyphonie, approuvé par le Ministère de la culture d’Albanie (2005), et un Arrêté ministériel pour la protection de l’isopolyphonie (2005). Son inscription est une source de fierté pour les interprètes qui a renforcé leur sentiment de responsabilité quant à la transmission et la pratique de l’élément. En outre, l’inscription a accru tant l’intérêt des autres communautés détentrices que leurs préoccupations au sujet de leur propre patrimoine culturel immatériel.

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