Décision du Comité intergouvernemental : 20.COM 7.C.1

Le Comité,

  1. Rappelant l’inscription initiale d’« Al Sadu, tissage traditionnel dans les Émirats arabes unis » sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente par la sixième session du Comité en 2011 (décision COM 8.21),
  2. Rappelant en outre le dernier rapport périodique soumis par les Émirats arabes unis sur l’état de cet élément examiné par la dix-neuvième session du Comité en 2024 (décision COM 6.a.10),
  3. Prend note de la demande présentée par les Émirats arabes unis de transférer Al Sadu, tissage traditionnel dans les Émirats arabes unis (n  02230) de la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité :

Al Sadu est une forme traditionnelle de tissage pratiquée par les femmes bédouines dans les communautés rurales pour produire du mobilier souple et des accessoires décoratifs pour les chameaux et les chevaux. Cette pratique implique la participation égale des hommes et des femmes au cours de son processus de production. Les hommes tondent les moutons, les chameaux et les chèvres, et les femmes nettoient et préparent la laine. Ils filent ensuite le fil sur un fuseau, le teignent et le tissent sur un métier à tisser au sol en utilisant un tissage uni à effet chaîne. Les couleurs traditionnelles sont le noir, le blanc, le marron, le beige et le rouge, avec des motifs distinctifs sous forme de bandes étroites de dessins géométriques.

  1. Considère que, d’après les informations contenues dans la demande et le rapport périodique sur l’état de l’élément sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, la demande satisfait aux critères suivants pour inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité :

R.1 :  L’élément a été inscrit pour la première fois sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente en 2011, le développement économique rapide et les transformations sociales provoquées par l’avènement du pétrole ayant entraîné un net recul de la pratique d’Al Sadu. De nos jours, grâce aux efforts de sauvegarde, les tisserands se réunissent fréquemment en petits groupes pour filer et tisser, échanger des nouvelles de leur famille et, à l’occasion, chanter et réciter des poèmes. Ces rassemblements sont le moyen traditionnel de transmission des connaissances et du savoir-faire associés à l’élément : les filles apprennent en observant et se voient progressivement confier des tâches, comme le tri de la laine, avant d’acquérir les compétences plus complexes. Cet élément favorise l’unité entre les artisans tout en encourageant les échanges intergénérationnels et le dialogue au sein de la communauté.

R.2 :  Avec sa viabilité améliorée, l’élément contribue à sensibiliser à l’importance du patrimoine culturel immatériel et lui assure une certaine visibilité au sein de la communauté et au-delà. En outre, l’élément contribue à divers aspects du développement durable, notamment l’égalité des genres, le développement économique inclusif et la durabilité environnementale. Hommes et femmes travaillent ensemble au processus de production de cet artisanat, qui n’utilise que des matières premières naturelles. Les connaissances traditionnelles liées à l’utilisation des fibres animales et des teintures extraites des plantes sont cultivées et transmises de génération en génération dans le cadre de cette activité. En plus d’être reconnu comme un symbole de l’identité, le tissu Al Sadu possède une valeur commerciale et crée des opportunités d’emploi pour de nombreuses personnes, leur assurant ainsi une certaine stabilité économique. Pour les femmes, la possibilité de s’exprimer dans les espaces publics à travers cet art est un atout.

R.3 :  Plusieurs mesures de sauvegarde ont été mises en œuvre avec la participation directe des communautés, des groupes et d’individus. Elles couvrent un large éventail de domaines, notamment la formation de nouvelles femmes artisans, ainsi que l’amélioration de la visibilité et de la sensibilisation quant à l’importance de ce patrimoine culturel. Pour l’avenir, des mesures sont proposées pour augmenter le nombre d’artisans, promouvoir l’artisanat traditionnel ainsi que créer des canaux de formation et d’amélioration des compétences des producteurs. Le développement de nouveaux produits et leur intégration dans les circuits commerciaux numériques et internationaux, en vue d’augmenter les revenus des artisans, ont également été proposés.

R.4 :  Au cours des quatorze dernières années, un solide programme de sauvegarde a été mis en œuvre avec la pleine participation des tisserands Al Sadu, de leurs associations et d’autres parties prenantes concernées. La demande de transfert de l’élément de la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité a été faite avec leur consentement libre, préalable et éclairé, comme en témoigne la documentation écrite et audiovisuelle jointe au dossier.

R.5 :  Le tissage traditionnel Al Sadu a été inclus dans l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’֤Émirat d’Abu Dhabi approuvé en 2009 sous trois appellations. Cet inventaire est établi par le Département du patrimoine culturel immatériel de l’Autorité d’Abu Dhabi pour la culture et le patrimoine (ADACH) et mis à jour tous les cinq ans. Les personnes qui participent à sa mise à jour régulière sont des représentants de plusieurs institutions, ainsi que des praticiens.

  1. Décide de transférer Al Sadu, tissage traditionnel dans les Émirats arabes unis de la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ;
  2. Prend note en outre de la demande simultanée des Émirats arabes unis d’inclure dans le Registre de bonnes pratiques de sauvegarde, l’expérience de sauvegarde présentée dans la demande de transfert :

Depuis l’avènement de la richesse pétrolière, la dispersion des communautés bédouines vers les villes, l’abandon progressif des activités pastorales et les changements sociaux associés à ces processus ont créé des conditions menaçant l’art du tissage Al Sadu. Le temps nécessaire à la production artisanale, la nécessité de disposer de connaissances traditionnelles sur la nature, la faible rémunération de l’artisanat par rapport à d’autres emplois dans l'économie moderne, ainsi que la préférence croissante pour les tissus industriels, ont contribué à un déclin de l’intérêt des jeunes générations pour l’apprentissage de cette technique de tissage. Entre 2011 et 2023, un programme de sauvegarde a été mis en place pour faire face au risque de disparition de cet élément culturel, dont le savoir-faire est préservé par un nombre décroissant de femmes âgées. Grâce aux efforts et aux ressources combinés de multiples acteurs sociaux, des activités de recherche, de documentation, de transfert de connaissances, de diffusion, de soutien à la commercialisation et de sensibilisation à la valeur et à l’importance de cet élément ont été mises en œuvre de manière concertée et participative. En conséquence, le programme a non seulement réussi à assurer la continuité et la transmission de l’élément, mais aussi à créer des emplois et des opportunités de revenus pour un grand nombre de personnes.

  1. Considère en outre que, d’après les informations contenues dans la demande et dans le rapport périodique sur l’état de l'élément sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, le programme répond comme suit aux critères de sélection, en tant que bonne pratique de sauvegarde, tels qu’énoncés au paragraphe 7 des Directives opérationnelles :

G.1 :  Composé d’un ensemble de plans prévoyant différentes lignes d’action, le programme de sauvegarde pour Al Sadu est conforme aux principes et aux objectifs de la Convention. Dans le domaine de la recherche et de la documentation, il convient de souligner la production de publications, de vidéos et de matériel pour les programmes scolaires, qui contribuent également à sensibiliser à la valeur de cet élément. La présence des tissus dans les festivals, les expositions et les circuits internationaux, entre autres, a renforcé leur visibilité. En ce qui concerne la transmission des connaissances pour la continuité de la pratique du tissage, la multiplication des centres de formation a été un atout majeur du programme de sauvegarde.

G.2 :  Le dossier présente différents résultats qui mettent en évidence l’efficacité du programme de sauvegarde. L’un de ses principaux effets est l’augmentation du nombre de praticiens du tissage, qui est passé d’une activité limitée aux femmes âgées à une participation généralisée de personnes représentant différents groupes d’âge. La revitalisation et la diffusion réussies de cette pratique culturelle ont renforcé la viabilité de l’élément.

G.3 :  Il y a un nombre et une diversité remarquables d’acteurs impliqués dans ce programme : artisans, familles, associations, clubs, commerçants, écoles, universités, organisations non gouvernementales et institutions publiques. Avec le soutien de l’État partie soumissionnaire, tous se sont engagés et ont coopéré aux efforts de sauvegarde du tissage Al Sadu.

G.4 :  Les quatorze années de coopération dans l’élaboration et la mise en œuvre des mesures de sauvegarde démontrent que l’État partie soumissionnaire et ses institutions sont déterminés à poursuivre leurs efforts, mais aussi prêts à travailler en étroite collaboration avec les familles et les associations d’artisans pour assurer la continuité du tissage Al Sadu. Leur capacité d’intégration et leur travail continu peuvent servir de source d’inspiration pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine culturel immatériel au niveau régional ou international.

  1. Décide de sélectionner le programme de sauvegarde pour Al Sadu, tissage traditionnel dans les Émirats arabes unis en tant que programme, projet ou activité reflétant le mieux les principes et objectifs de la Convention ;
  2. Félicite l'État partie pour son dossier bien préparé, qui peut servir de bon exemple pour sensibiliser les jeunes, susciter leur intérêt pour la pratique du patrimoine vivant et améliorer la transmission des traditions aux générations futures ;
  3. Encourage l’État partie et les communautés concernées à partager les expériences associées acquises en matière de sauvegarde, y compris par le biais de la plateforme en ligne qui sera mise en place dans le cadre d’une mise en œuvre plus large de l’article 18 de la Convention.

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