Décision du Comité intergouvernemental : 20.COM 7.A.9

Le Comité

  1. Prend note que l’Albanie a proposé la candidature de l’art de jouer, chanter et fabriquer la lahuta (n  02310) pour inscription sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente :

La lahuta est un instrument monocorde en bois, composé d’une caisse de résonance recouverte de cuir et d’un manche sculpté, qui est fabriqué, chanté et joué par des communautés rurales du nord et du nord-ouest de l’Albanie. L’instrument est fabriqué à la main à partir de bois tels que l’érable ou le noyer, ses cordes étant autrefois en crin de cheval et aujourd’hui le plus souvent en nylon. Il est pratiqué au sein des familles et des groupes de la communauté, ainsi que lors d’occasions spéciales, telles que les mariages et les festivals. Les artistes jouent généralement en chantant, racontant des histoires qui reflètent des légendes importantes, des événements historiques ou des expériences personnelles. Bien qu’il soit traditionnellement joué par des hommes, il est aujourd’hui également pratiqué par des femmes.

  1. Considère que, d’après les informations contenues dans le dossier, la candidature satisfait aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente comme suit :

U.1 :  La pratique est transmise principalement par l’observation et la participation dans des contextes familiaux ou de la communauté. Des leçons individuelles et des cours saisonniers aident également des jeunes des zones urbaines de prendre part à cette tradition. Des festivals nationaux et locaux soutiennent sa visibilité, et les réseaux sociaux jouent désormais un rôle dans l’inspiration de nouveaux praticiens. La lahuta contribue à la préservation de la mémoire collective et des valeurs sociales. Alors qu’elle se concentrait autrefois sur les légendes locales, la pratique inclut désormais des histoires personnelles, permettant ainsi à la tradition d’évoluer. Ce mélange d’ancien et de nouveau permet à la pratique de rester pertinente.

U.2 :  La tradition est aujourd’hui menacée par la diminution du nombre de praticiens actifs, dont la plupart sont âgés, associée au désengagement des jeunes et à l’absence de mécanismes de transmission formels. L’intervention politique dans les pratiques culturelles pendant une période d’environ quarante ans, tel que décrit dans le dossier de candidature, a également eu un impact négatif sur cet élément, compromettant son rôle dans le renforcement des valeurs culturelles et de la mémoire collective.

U.3 :  Le plan de sauvegarde prévoit le renforcement des capacités, le développement d’activités de documentation et d’inventaire, des programmes éducatifs, des actions de sensibilisation et la création d’un cadre organisationnel durable et d’une structure de soutien pérenne, afin d’assurer la capacité à long terme de la communauté à sauvegarder la lahuta.

U.4 :  La participation et le consentement de la communauté sont bien documentés dans cette candidature, qui a impliqué des recherches, des ateliers et des consultations avec les praticiens, les membres de la communauté et les associations qui soutiennent l’élément.

U.5 :  L’élément a été inclus dans l’inventaire de l’Institut national pour l’enregistrement du patrimoine culturel en 2017. L’inventaire est géré par le Ministère de l’économie, de la culture et de l’innovation d’Albanie et a été mis à jour en 2023 et en 2024.

  1. Décide d’inscrire l’art de jouer, chanter et fabriquer la lahuta sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente ;
  2. Encourage l’État partie soumissionnaire à mettre l’accent en particulier sur les mesures éducatives visant à sauvegarder d’urgence les techniques de l’art de jouer, de chanter et de fabriquer la lahuta, et à assurer ainsi la transmission de cet élément d’une génération à l’autre ;
  3. Prend note en outre que l’Albanie a demandé une assistance internationale du Fonds du patrimoine culturel immatériel d’un montant de 154 846 dollars des États-Unis pour la mise en œuvre du plan de sauvegarde Développer des capacités durables pour sauvegarder l’art de jouer, chanter et fabriquer la lahuta (n  02311) :

Mis en œuvre par le Ministère de l’économie, de la culture et de l’innovation d’Albanie, en partenariat avec l’ONG Fondazione Arte, ce projet de trente-six mois vise à sauvegarder la pratique menacée de jouer, chanter et fabriquer la lahuta, un instrument monocorde en bois. Le projet comporte des activités de documentation, d’inventaire, de cartographie culturelle, de formation et de sensibilisation. Ces activités seront menées principalement dans les communautés rurales du nord et du nord-ouest de l’Albanie, dans des zones à faible revenu avec une émigration des jeunes et une agriculture à petite échelle. Les activités se concentreront sur la mise en place d’une structure de soutien participative visant à coordonner les efforts de sauvegarde par l’intermédiaire d’un centre culturel et d’un comité de pilotage dédiés. Le projet comprendra également le renforcement des capacités des communautés concernées et le développement de ressources, d’ateliers et de politiques visant à renforcer la transmission de l’élément. D’autres activités comprennent : (a) le développement de programmes d’enseignement pour les jeunes, incluant des opportunités d’enseignement génératrices de revenus pour les praticiens ; (b) développement de manuels sur le jeu, le chant et l’artisanat de la lahuta ; et (c) la création d’un site Internet et de plateformes sur les réseaux sociaux afin d’organiser des spectacles et de sensibiliser à l’élément. Ce projet devrait faciliter l’engagement des communautés dans la sauvegarde du patrimoine vivant en leur fournissant les compétences ainsi que les outils nécessaires pour communiquer, sensibiliser à leur patrimoine culturel immatériel et contribuer aux mesures de sauvegarde.

  1. Considère en outre que, d’après les informations contenues dans le dossier, la demande satisfait aux critères d’octroi de l’assistance internationale énoncés aux paragraphes 10 et 12 des Directives opérationnelles comme suit :

A.1 :  La demande a été élaborée avec la participation active des communautés concernées. Des praticiens de tous âges et de tous genres ont contribué à la conception des activités proposées et participeront à leur mise en œuvre ainsi qu’à leur évaluation. Il convient de noter l’accent mis sur l’égalité genres afin de garantir une sauvegarde équitable et inclusive.

A.2 :  Les informations fournies dans le budget sont détaillées, justifiées et cohérentes avec les activités proposées.

A.3 :  Les activités incluses dans la demande d’assistance sont réalisables, abordées de manière satisfaisante et alignées avec la structure et le calendrier global du projet.

A.4 :  Les résultats et les impacts du projet sont raisonnablement estimés et peuvent assurer une durabilité à long terme, car l’implication institutionnelle et la participation de la communauté peuvent les rendre viables au-delà du financement initial.

A.5 :  La ventilation du budget distingue clairement le montant demandé au Fonds du patrimoine culturel immatériel et la contribution de l’État partie. Bien qu’un faible pourcentage du budget soit fourni par l’État partie, il existe un engagement fort à fournir un soutien en nature pour la mise en œuvre du projet.

A.6 :  Le renforcement des capacités est au cœur du projet, qui privilégie les approches pratiques permettant aux membres de la communauté d’apprendre par la pratique. Le projet renforcera également les institutions locales en partageant des outils, des méthodes et des expériences pratiques.

A.7 : L’État partie a bénéficié de l’assistance internationale du Fonds du patrimoine culturel immatériel pour trois projets achevés : (a) « Inventaire de la polyphonie iso-folklorique albanaise » (24 500 dollars des États-Unis, mars 2011 – mars 2012) ; (b) assistance préparatoire (Registre des bonnes pratiques de sauvegarde) pour le projet « Le Festival folklorique national de Gjirokastra (NFFoGj), 50 ans de meilleures pratiques de sauvegarde du patrimoine immatériel albanais » (9 800 dollars des États-Unis, novembre 2018 – avril 2019) ; (c) « La réalisation, avec la participation des communautés, d’un inventaire du PCI en Albanie en vue de le sauvegarder et le transmettre aux générations futures » (213 260 dollars des États-Unis, février 2020 – octobre 2022) ; ainsi que (d) la mise en œuvre en cours du plan de sauvegarde pour « La Xhubleta, savoir-faire, artisanat et formes d’utilisation » (91 092 dollars des États-Unis, décembre 2023 – décembre 2025). Les travaux stipulés dans les contrats relatifs à ces projets ont été et sont réalisés conformément aux règlements de l’UNESCO.

Paragraphe 10 (a) : Le projet fait état d’un cadre de coordination solide qui garantit que toutes les parties prenantes travaillent ensemble à la sauvegarde de la tradition de la lahuta. Une répartition claire des responsabilités renforcera l’efficacité et garantira l’implication des communautés dans les actions planifiées.

Paragraphe 10 (b) : Le projet présente un fort potentiel pour la multiplication de ses effets grâce à son modèle de sauvegarde basé sur la communauté, qui propose le renforcement des capacités des jeunes, et des partenariats nationaux et régionaux. Ses résultats sont susceptibles de favoriser la durabilité à long terme de la préservation du patrimoine culturel immatériel, tout en inspirant d’autres communautés et organisations.

  1. Décide d’approuver la demande d’assistance internationale de l’Albanie pour la mise en œuvre du plan de sauvegarde Développer des capacités durables pour sauvegarder l’art de jouer, chanter et fabriquer la lahuta et accorde le montant de 154 846 dollars des États-Unis à l’État partie à cette fin ;
  2. Demande au Secrétariat de se mettre d’accord avec l’État partie demandeur sur les détails techniques de l’assistance, avant et pendant la mise en œuvre du projet, en veillant en particulier à ce que le budget, le calendrier et le plan de travail des activités qui seront financées par le Fonds du patrimoine culturel immatériel soient suffisamment détaillés et précis pour justifier les dépenses ;
  3. Invite l’État partie demandeur à utiliser le formulaire ICH-04-Rapport pour rendre compte de l’utilisation de l’assistance accordée.

Top