Décision du Comité intergouvernemental : 4.COM 14.06

Le Comité,

  1. Prend note du fait que le Kenya a proposé les traditions et pratiques associées aux Kayas dans les forêts sacrées des Mijikenda pour inscription sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, décrites comme suit :

Les Mijikenda se composent de neuf groupes ethniques bantouphones des forêts Kaya le long des côtes du Kenya. L’identité des Mijikenda s’exprime à travers des traditions orales et manifestations liées aux forêts sacrées, qui sont aussi une source de plantes médicinales utiles. Ces traditions et pratiques constituent leurs codes d’éthique et leurs systèmes de gouvernance, et comprennent prières, prestations de serment, rites d’inhumation et sortilèges, désignation du nom du nouveau-né, initiations, réconciliations, mariages et couronnements. Les Kayas sont des habitats fortifiés dont les espaces culturels sont indispensables à la pratique des traditions vivantes qui mettent en exergue l’identité, la continuité et la cohésion des communautés mijikenda. L’utilisation des ressources naturelles au sein des Kayas est régulée par des savoirs traditionnels et des pratiques qui ont contribué à la conservation de la biodiversité. Le Kambi (Conseil des anciens) fait office de détenteur de ces Kayas et des expressions culturelles qui leur sont associées. Aujourd’hui, les communautés mijikenda abandonnent graduellement les Kayas au profit d’habitats urbains informels. Du fait des pressions exercées sur les ressources de la terre, l’urbanisation et les transformations sociales, les traditions et pratiques culturelles associées aux habitats Kaya sont en rapide régression, constituant une menace sérieuse pour le tissu social et la cohésion des communautés mijikenda qui les vénèrent et les célèbrent comme représentatives de leur identité et symbole de continuité.

  1. Décide que, d’après les informations fournies dans le dossier de candidature 00313, les traditions et pratiques associées aux Kayas dans les forêts sacrées des Mijikenda satisfont aux critères d’inscription sur la Liste de sauvegarde urgente, comme il est indiqué ci-après :

U.1 : Un ensemble de rituels, cérémonials, pratiques sociales, valeurs culturelles et connaissances traditionnelles sur la nature, transmis oralement au sein des divers groupes ethniques qui occupent le paysage culturel Kaya des forêts des Mijikenda renforce les liens communautaires et l’identité commune, tout en encourageant le respect mutuel et la justice sociale et en garantissant une protection équilibrée de l’environnement forestier ;

U.2 : Malgré la législation qui a classé les Kayas monuments nationaux et créé une réserve forestière, conduisant à leur inscription en tant que paysage culturel sur la Liste du patrimoine mondial, et en dépit de l’importance constante des Kayas pour les pratiques funéraires et rituelles, des forces complexes telles que la modernisation, l’émigration de membres de la communauté vers les villes et les modifications des pratiques en matière d’utilisation des sols autour de la forêt mettent en péril la viabilité des traditions et pratiques associées aux Kayas ;

U.3 : Un plan de sauvegarde soutient l’interaction entre le paysage naturel et les traditions et pratiques socioculturelles qui lui sont associées, mobilise les communautés Mijikenda à tous les niveaux de préparation et de mise en œuvre et défend leur développement social et économique, renforçant ainsi la gestion de l’environnement et suscitant l’intérêt des jeunes générations afin de garantir la transmission de ces traditions et pratiques ;

U.4 : La candidature a été préparée en tenant pleinement compte des pratiques coutumières régissant l’élément et elle est le résultat d’un vaste processus de consultation des communautés Mijikenda, représentées par différents groupes sociaux, y compris des femmes et des jeunes, des groupes de conservation des Kayas et des conseils des anciens dont les représentants ont donné leur consentement préalable et libre au projet ;

U.5 : L’élément est inventorié par le Département kenyan de la culture du ministère d’État du patrimoine national et de la culture.

  1. Inscrit les traditions et pratiques associées aux Kayas dans les forêts sacrées des Mijikenda sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente ;
  2. Prend également note des efforts soutenus de l’État partie pour préserver le patrimoine culturel des Mijikenda, en particulier le classement de 42 Kayas monuments et réserves nationaux en 2001 et l’élaboration de la politique nationale relative à la culture et au patrimoine en 2008 ;
  3. Félicite l’État partie d’avoir proposé un plan de sauvegarde innovant qui établit un lien entre le patrimoine culturel (matériel et immatériel) et le développement des communautés ; mais le met en garde contre le fait que les activités génératrices de revenus, si elles peuvent contribuer à renforcer ce lien, pourraient aussi aller à l’encontre des objectifs de la sauvegarde si elles ne sont pas soigneusement adaptées à la spécificité de chaque Kaya ;
  4. Encourage l’État partie à veiller tout particulièrement à ce que les activités de documentation prévues dans le plan de sauvegarde respectent pleinement les restrictions coutumières d’accès à certaines informations secrètes et sacrées.

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