Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Italie (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2013 et examiné par le Comité en 2014

Résumé

La principale législation en matière de patrimoine culturel immatériel est le Code du patrimoine culturel et du paysage de 2004 (auquel a été rajouté l’Article 7bis en 2008, après la ratification de la Convention) qui s’intéresse à la sauvegarde du patrimoine culturel et paysager, son appréciation par le public, la conservation de la mémoire de la nation et du territoire italien et, plus généralement, au développement de la culture. De nombreuses régions ont adopté des législations spécifiques afin de promouvoir et de sauvegarder des écomusées et le patrimoine culturel immatériel en lui-même, p. ex. la Lombardie (2007), l’Ombrie (2007) et le Molise (2008).
Le principal organe responsable de la mise en œuvre de la convention est le Ministero dei beni e delle attività culturali e del turismo – MiBACT (Ministère du patrimoine et de l’activité culturels et du tourisme) par l’intermédiaire de son réseau d’institutions et de services nationaux (instituts centraux et spécialisés) et locaux (surintendances et bureaux régionaux, archives et bibliothèques). Ce réseau collabore avec les centres de recherche et de documentation, les institutions culturelles, les organisations non gouvernementales et les fondations afin de mettre en œuvre des méthodologies de recherche et des mesures juridiques, techniques, administratives et financières. Il améliore également les connaissances et l’appréciation des traditions locales, les résultats et les activités comprises dans la définition du patrimoine immatériel. Les responsabilités institutionnelles pour la mise en œuvre de la Convention sont également partagées entre différents services du gouvernement central, notamment le Ministère des affaires étrangères, le Ministère des politiques agricoles, alimentaires et forestières, le Ministère de l’éducation, de l’université et de la recherche et le Ministère de l’environnement et de la protection du territoire et de la mer. La Commission nationale italienne pour l’UNESCO établit le lien entre les administrations publiques et la société civile.
S’agissant de la formation à la gestion du patrimoine culturel immatériel, il existe des cours d’ethnologie et d’anthropologie dans les Universités de Rome, Milan et Pérouse et plusieurs écoles de recherche œuvrent en étroite coopération avec les communautés concernées. Outre l’anthropologie théorique, les cursus comprennent des stages professionnels et une formation pratique à la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine culturel, en particulier dans les musées et autres lieux et institutions culturels. Un master de Tourisme et environnement – gestion du patrimoine démographique et anthropologique a été créé à l’Université de Cassino en 2007. Le MiBACT travaille actuellement à la conception et la programmation d’activités de renforcement des capacités dans le domaine du patrimoine culturel immatériel, destinées aux experts et aux communautés. Un certain nombre de séminaires de formation pour des experts sont organisés depuis 2009. Les associations professionnelles d’anthropologues et les organisations non gouvernementales jouent également un rôle important dans la coordination du travail des spécialistes du patrimoine culturel immatériel.
Différents organes, au niveau des autorités tant nationales que régionales et locales, sont en charge de la documentation et de la classification du patrimoine culturel immatériel. Parmi les entités dépendant du MiBACT, les principales institutions sont l’Istituto centrale per il catalogo e la documentazione – ICDD (Institut central de catalogage et de documentation), l’Istituto centrale per i beni sonori ed audiovisivi – ICBSA (Institut central du patrimoine sonore et audiovisuel), l’Istituto centrale per la demoetnoantropologia – IDEA (Institut central d’anthropologie démographique et ethnographique) et le Museo nazionale preistorico etnografico Luigi Pigorini – MNPE (Musée national de préhistoire et d’ethnographie Luigi Pigorini). Au coté des différents instituts régionaux et spécialisés, ces entités rendent la documentation sur le patrimoine culturel disponible au plus grand nombre grâce aux technologies de l’information, en particulier des sites web, des bases de données et des bibliothèques numériques, conformément aux réglementations et selon des critères et des normes techniques et scientifiques adoptés aux niveaux national et régional.
Au niveau régional, l’inventaire est réalisé au moyen de catalogues dont la structure est très détaillée et qui appliquent une méthode descriptive codée de façon scientifique. Les régions du Latium, de Lombardie, du Piémont et de Sicile ont leur propre registre du patrimoine culturel immatériel. Au niveau national, le MiBACT administre deux inventaires, tous deux gérés par l’ICDD : (1) Le Catalogue national du patrimoine culturel italien, qui est réglementé légalement par le Code du patrimoine culturel et du paysage (2007, amendé en 2008) ; et (2) L’inventaire du projet intégré de patrimoine culturel immatériel (PACI) qui dispose d’un site web dédié accessible par tous.
Le premier de ces inventaires repose sur des données recueillies au moyen de la carte BDI (Beni Demoetnoantropologici immateriali), un format qui enregistre le patrimoine culturel vivant en cherchant et enregistrant les expressions culturelles au moment de leur expression. Par exemple, la documentation audiovisuelle d’un artisanat comprend tout le processus de fabrication, démontré, décrit et commenté par son détenteur traditionnel. Les données relatives à chaque élément sont rassemblées à partir d’enquêtes de terrain et de la documentation audiovisuelle. Afin de garantir une meilleure participation des communautés, un outil plus léger et plus réceptif est en cours d’élaboration par l’ICDD, à savoir une forme simplifiée de BDI connue sous le nom de Module d’information (MODI), qui, comme le BDI, se base sur des enquêtes de terrain et une documentation audiovisuelle des éléments. Le deuxième inventaire utilise une version abrégée du registre BDI du Catalogue national, son but est de constituer un recueil condensé des différents inventaires et collections d’archives existants, en particulier ceux de ses trois principaux partenaires : l’ICDD, l’ICBSA et l’IDEA. Il comprend également des inventaires spécialisés liés à certains dossiers d’inscription à la Liste représentative.
En outre, le Ministère des politiques agricoles, alimentaires et forestières gère deux autres inventaires nationaux des connaissances et savoir-faire agricoles et des pratiques alimentaires traditionnelles : (1) un inventaire des techniques de production, pratiques agricoles et pratiques alimentaires italiennes traditionnelles, et (2) un inventaire des pratiques rurales et des connaissances traditionnelles. Le premier est publié tous les ans dans le Journal officiel, le second est disponible sur le site web du Ministère.
Chaque administration locale organise des séminaires pour les experts, des réunions avec les communautés et des activités éducatives pour les écoles sur des thèmes liés au patrimoine culturel immatériel relevant de leur compétence. Le MiBACT a organisé un projet de formation sur le thème du patrimoine culturel immatériel en Campanie pour les élèves du primaire et du secondaire (2008). En 2012-2013, onze des 81 écoles italiennes participant au résEAU (réseau des écoles associées à l’UNESCO) ont mené à bien des projets éducatifs dans le domaine du patrimoine culturel immatériel. Des élèves de l’enseignement primaire et secondaire participent à des ateliers sur les connaissances et la pratique des éléments matériels et des traditions du patrimoine culturel immatériel lié à l’environnement, ces ateliers sont organisés par les ministères et les associations professionnelles.
Pour décentraliser la sauvegarde aux niveaux régional et local, l’Italie privilégie une politique de création de systèmes d’écomusées qui bénéficient d’une grande autonomie en matière de gestion et de prise de décision. Les écomusées sont fondés sur un accord par lequel une communauté s’occupe d’un territoire spécifique, une pratique de développement participatif du patrimoine créée et développée par une organisation qui représente la communauté locale. À ce jour, sept autorités régionales ont adopté cette approche.
Les institutions italiennes ont participé à plusieurs projets de coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale : l’Université de Milan a participé, avec neuf partenaires européens, à MeLa, un projet quadriennal de l’Union européenne sur de nouvelles approches pour les musées en réponse aux migrations, aux cultures, aux informations et aux connaissances dans un monde global ; deux institutions ont pris part à MAP for ID – Museums as Places for Intercultural Dialogue (Les musées comme lieux de dialogues interculturels), un programme biennal (2007-2009) d’apprentissage tout au long de la vie, conçu par l’Union européenne, qui poursuit un précédent partenariat d’apprentissage destiné à développer les compétences des personnels travaillant dans le domaine de l’éducation au patrimoine dans un cadre interculturel ; le projet intitulé « Tirer parti du patrimoine immatériel de l’agriculture pour élever le niveau de vie des petits agriculteurs et des immigrés » (2010-2011) a été organisé avec le MNPE, l’IFAD, l’ACRA, Oxfam Italia et le Musée international du carnaval et du masque (Belgique), il s’agit d’un projet de recherche sur le patrimoine culturel immatériel lié au « cultigènes négligés » du Sénégal, du Maroc et de l’Équateur ; et le projet de l’Union européenne « READ-ME 11 » (Italie France, Belgique, Autriche, 2010-2012) sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des immigrés.
Quatre éléments inscrits sur la Liste représentative font l’objet d’un rapport pour ce cycle : Opera dei Pupi, un théâtre de marionnettes sicilien (intégré en 2008 après avoir été précédemment proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2001) ; Canto a tenore, un chant pastoral sarde (également intégré en 2008 après avoir été proclamé chef-d’œuvre en 2005), la diète méditerranéenne (2010), un élément multinational partagé par l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Maroc ; et le savoir-faire traditionnel du violon à Crémone (2012). L’inscription des éléments est généralement considérée comme ayant contribué a une nouvelle prise de conscience au niveau national, en particulier chez les jeunes, des éléments et du patrimoine culturel immatériel en général. La reconnaissance du Canto a tenore a renforcé la confiance en soi des praticiens et a offert davantage de possibilités de chanter et de former des groupes. L’inscription de l’élément Opera dei Pupi a permis d’accroitre le nombre de représentations et a stimulé la promotion des arts traditionnels liés à l’élément. Une des principales conséquences de l’inscription de la diète méditerranéenne a été de mieux faire ressentir aux communautés locales les racines culturelles de leur région tout en stimulant la reconnaissance internationale. Enfin, l’inscription du savoir-faire traditionnel du violon à Crémone soutient les efforts entrepris par les luthiers de la ville pour sauvegarder et renforcer l’appréciation de leur travail. Les communautés et les organisations qui les représentent ont été consultées lors de la préparation du présent rapport.

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