Le patrimoine vivant associé au bateau de pêche traditionnel, la batana, est partagé le long de la côte adriatique et notamment dans la ville de Rovinj-Rovigno, en Croatie. La batana est au cœur de diverses pratiques culturelles, telles que les chansons et les traditions orales véhiculées à travers le dialecte istriote local, ainsi que de nombreuses formes d'activités sociales et d'artisanat traditionnel lié à la construction du bateau et aux techniques de pêche. Cependant, avec l'arrivée des moteurs hors-bord et l'industrialisation des activités de pêche, ce patrimoine vivant risquait de disparaître. Une association de résidents a décidé de le faire revivre et de le sauvegarder. C'est ainsi qu'est né l'écomusée de la Batana, une association à but non lucratif.
© Écomusée de la Batana, 2004
Quel était le besoin ?
Depuis les années 1960, avec l’introduction du moteur hors-bord et des bateaux de pêche en plastique, l’utilisation de ces derniers a progressivement remplacé celle du bateau traditionnel en bois, la batana. En conséquence, les pratiques associées ont également décliné, telles que les connaissances nécessaires à la construction et la peinture des bateaux, la maîtrise de la voile au tiers ainsi que l’utilisation du dialecte istriote dans les chants et d’autres traditions orales lors des événements festifs et des banquets communaux. Les facteurs clés de la cohésion sociale et de la vie communautaire étaient donc sur le point de disparaître.
« Pour moi, habitant originaire de Rovinj-Rovigno, ma ville est synonyme de la batana. Il y aaussi les sérénades nocturnes - la bitinade -, les chansons de rue et notre dialecte, mais c’est la batana qui vous remplit le cœur de joie. Quand je la vois aller et venir dans le port, c’est comme vivre à l’intérieur d’un tableau extraordinaire qui rappelle la poésie et les mélodies, en les préservant de l’oubli. »
Libero Benussi, habitant de Rovinj et auteur
© Écomusée de la Batana, 2004
Quelles approches ont-elles été mises en oeuvre ?
En 2004, un groupe d’habitants passionnés a décidé de créer une association dédiée à la sauvegarde et à la renaissance de la batana. Avec le soutien de la municipalité, du musée du Patrimoine de la ville de Rovinj, du centre de recherches historiques de Rovinj, de la communauté italienne de Rovinj et d’éco-muséologues, l’écomusée de la Batana a été fondé.
Au musée, un groupe d’experts, de praticiens et de membres de la communauté s’est réuni pour collaborer et perpétuer les traditions de la batana. Une exposition permanente multimédia offre aux visiteurs une vue d’ensemble et une introduction à la batana. Directement relié au musée, le chantier naval permet d’observer la construction et l’assemblage de ces bateaux. Les visiteurs peuvent également profiter d’une croisière à bord d’une batana et de la possibilité de déguster des plats et des vins locaux, tout en écoutant de la musique traditionnelle à la cantina, Spacio Matika. Des activités telles que des ateliers pour les enfants et les adolescents ainsi que des tables rondes de recherche sur des sujets spécialisés s’adressent à des publics et des intérêts divers, favorisant le lien avec la culture batana chère aux habitants.
Cette initiative, intitulée « L’écomusée de la Batana, projet communautaire de sauvegarde de la culture vivante de Rovinj/Rovigno », a été sélectionnée pour le registre des bonnes pratiques de sauvegarde en 2016.
« L’écomusée de la Batana est unique en son genre dans la région méditerranéenne. Il a une mission bien définie : étudier, préserver et mettre en valeur les souvenirs historiques de la communauté locale qui s’identifie à la batana. »
Valerio Drandić, président de l’écomusée de la Batana
© Écomusée de la Batana, 2004
Comment cela a-t-il fonctionné ?
L’approche de l’écomusée de la Batana s’est révélée très efficace, en trouvant un équilibre entre les initiatives axées sur la recherche et les activités pratiques. Cette synergie favorise à la fois l’utilisation active de la batana et son appréciation plus large.
Des événements tels que la dynamique régate de Rovinj, agrémentée par des dîners traditionnels et des spectacles musicaux, l’intégration de la réparation de bateaux à ciel ouvert dans le paysage urbain, les parades publiques de mise à l’eau des bateaux et les promenades « les voies de la Batana » ont tous joué un rôle dans l’amélioration de la visibilité et de la prise de conscience du public.
Ces activités invitent les visiteurs et les habitants de Rovinj/Rovigno à s’engager, à participer et à approfondir leur connaissance de ce patrimoine vivant. Cela a eu un « effet boule de neige » sur la participation, où chacun - des enfants aux experts - peut trouver son propre rôle dans la sauvegarde de la batana. L’approche multisensorielle de l’écomusée – invitant les habitants et les visiteurs à ressentir la texture du bois et de la peinture, à savourer les arômes de la cuisine traditionnelle et à écouter les mélodies du dialecte local - offre une expérience immersive, qui laisse des souvenirs durables.
© Ecomusée de la Batana, 2004
Comment la communauté a-t-elle été impliquée ?
L’initiative est née au sein de la communauté, sous l’impulsion de praticiens locaux qui ont créé le musée de la Batana. Elle a également rassemblé la communauté italienne de Rovinj, principale locutrice du dialecte traditionnel de la région. Dès le départ, un expert en éco-muséologie a été impliqué pour accompagner le projet. En outre, tous les habitants de la ville - quels que soient leur origine, leur âge, leur genre ou leur milieu - participent activement au projet. Reconnaissant le rôle crucial de la jeunesse dans la sauvegarde et la célébration de la batana, des efforts particuliers ont été déployés pour impliquer la nouvelle génération dans cette initiative.
Contacts pour partager des expériences
Écomusée de la Batana / ONG
Obala P. Budicin 2, 52210 Rovinj, Croatie
Langues de contact : croate, italien et anglais
+385 981688367 ; + 385 (0) 52 812 593
info@batana.org
Pour en savoir plus
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