Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Grèce (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2015 et examiné par le Comité en 2016 (dû originellement au 15/12/2013)

Résumé

La Grèce est un État partie à la Convention de 2003 depuis 2007. Le principal organe en charge de la mise en œuvre de la Convention est la Direction des biens culturels modernes et du patrimoine culturel immatériel (BCM&PCI) du Ministère de la culture et des sports. En 2012, un Comité scientifique national pour la mise en œuvre de la Convention a également été établi. La Loi de protection des antiquités et de l’ensemble du patrimoine culturel (2002) constitue le cadre général de la sauvegarde et de la gestion du patrimoine, y compris du patrimoine vivant.
Il n’existe pas de cours de formation spécifiquement consacrés à la gestion du patrimoine culturel immatériel mais un certain nombre d’universités et d’autres institutions éducatives commencent à intégrer le sujet à leurs programmes d’enseignement (au sein de plusieurs disciplines) et la Direction des BCM&PCI a organisé des débats sur cette question avec le personnel des universités, des chercheurs et des étudiants de troisième cycle. Par ailleurs, la Direction a organisé un séminaire de renforcement des capacités pour plus de 40 employés du ministère qui participent à la mise en œuvre de la Convention. La documentation est conservée par le Centre hellénique de recherche sur le folklore, l’Académie d’Athènes (matériels folkloriques, enregistrements musicaux, photographies et enregistrements audiovisuels) et nombres d’autres instituts, associations culturelles et folkloriques, musées spécialisés, etc. Certaines de ces collections d’archives sont numérisées et consultables par le grand public.
La Grèce a dressé un inventaire connu sous le nom d’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel qui est administré par la Direction des BCM&PCI et organisé selon les cinq domaines décrits dans la Convention de 2003. Le principal critère d’inclusion est la volonté active des détenteurs de sauvegarder l’élément et la conformité de celui-ci aux exigences liées à la qualité de patrimoine culturel immatériel en vertu de la Convention de 2003. La viabilité est prise en considération car seuls les éléments encore pratiqués sont inclus à l’inventaire et les menaces pesant sur la viabilité future de l’élément sont également prises en compte. Un formulaire spécial d’inventaire a été conçu, il adapte la Convention de 2003 au contexte national grec et prévoit des champs tels que ceux consacrés aux espaces et moyens de représentation/interprétation et aux éléments matériels associés. Chaque entrée doit être mise à jour tous les cinq ans par un appel à la communauté détentrice. On attend des détenteurs qu’ils soumettent les inscriptions à l’inventaire, soutenus dans cette procédure par des experts ; à cette fin, la Direction des BCM&PCI organise des réunions d’information pour, entre autres, les détenteurs, les associations culturelles, les musées, les autorités municipales, les syndicats et les chercheurs indépendants. Les organisations non gouvernementales participent ainsi également très activement à ces efforts.
Une des principales priorités en matière de politique de mise en œuvre de la Convention en Grèce est la recherche de possibles synergies entre patrimoine culturel immatériel et développement durable, en particulier dans les communautés rurales et isolées. Les acteurs locaux et de la société civile prennent de plus en plus conscience de la nécessité d’inscrire la sauvegarde de leur patrimoine dans le cadre d’une planification bien structurée, comme ce fut le cas pour la construction navale en bois pour laquelle un groupe de travail a coordonné l’action de différents acteurs publics et de la société civile au sein d’un plan de sauvegarde cohérent. En ce qui concerne les autres mesures de sauvegarde, plusieurs initiatives en faveur de la recherche dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel ont été mises en place, telles que la création d’une base de données sur le théâtre d’ombres grec dont le contenu est fort riche. Plusieurs instituts de recherche participent à de tels projets, dont certains sont menés par des chercheurs indépendants, des organisations non gouvernementales, des entités privées, des institutions culturelles et des musées. Dans de nombreux cas, une base de données consultable par le grand public sur Internet est un résultat du projet. La plupart des communautés sont prêtes à partager des informations sur leur patrimoine, néanmoins, les détenteurs sont également conscients des dangers liés à une publicité excessive (qui peut conduire à une banalisation), au tourisme et à des représentations pseudo-folkloriques lors d’événements publics.
Les programmes d’éducation, de sensibilisation et d’information destinés au grand public prévoient une série de réunions d’information organisées par la Direction des BCM&PCI. Ces événements peuvent consister en de petites réunions destinées aux membres des communautés, aux chercheurs indépendants, aux instituts de recherche et aux musées, ou en des réunions plus grandes, au niveau régional, comme en 2015 où environ 150 représentants de diverses associations culturelles de l’Épire ont participé à une réunion d’information. Parmi les résultats de ce type de rencontres, on peut citer l’inventaire d’un élément particulier ou d’une série d’éléments voire l’organisation de conférences. En 2015, la Direction des BCM&PCI a collaboré à l’Ethnofest d’Athènes (un festival ethnographique) afin de diffuser largement le discours sur le patrimoine culturel immatériel auprès de jeunes réalisateurs de films et scientifiques. Dans les communautés, les musées locaux sont souvent un facteur essentiel de sauvegarde de l’identité locale et d’interaction avec les communautés locales. Un bon exemple de programme d’éducation formelle est le projet « La musique grecque à travers le théâtre d’ombres », conçu par la Direction des BCM&PCI, le Musée d’art populaire grec et le Musée des instruments de musique populaire grecque, aux côtés d’un marionnettiste, et destiné aux écoliers entre 5 et 12 ans. La Direction des BCM&PCI prévoit de collaborer avec le Bureau de l’UNESCO à Venise et le Centre pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Europe du Sud-Est (un centre de catégorie 2 basé à Sofia, Bulgarie) afin d’organiser des ateliers de renforcement des capacités pour les détenteurs et les communautés locales.
Les moyens de transmission non formelle des connaissances sont étroitement liés aux structures sociales et plusieurs associations culturelles entretiennent les systèmes traditionnels de transmission dans les domaines de la musique, la danse, la poterie et la broderie et pour d’autres éléments. L’éducation à la protection des espaces naturels et des lieux de mémoire nécessaires à l’expression du patrimoine culturel immatériel comprend des travaux sur les bosquets sacrés de l’Épire, travaux dans lesquels sont étudiées les valeurs de ces sites pour les populations locales et la biodiversité.
S’agissant de la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, on trouve sur le site web consacré à la diète méditerranéenne de la documentation sur ce patrimoine culturel immatériel partagé, des informations y sont régulièrement mises en ligne. La Grèce participe également à la coopération régionale par l’entremise du centre de catégorie 2 de Sofia et du Réseau d’experts de l’Europe du Sud-Est sur le patrimoine culturel immatériel (mis en place par le centre de catégorie 2 de Sofia et le Bureau de l’UNESCO de Venise). Les réunions de ce réseau ont eu un rôle essentiel dans la participation des experts grecs à la mise en œuvre de la Convention et elles constituent un important forum d’échange d’informations et de meilleures pratiques. La Grèce a également collaboré avec la République de Chypre et la Société scientifique internationale pour l’étude pluridisciplinaire de la pierre sèche afin créer un réseau international d’experts dans le domaine de la construction en pierre sèche et dans l’art de la construction de murs en pierre sèche.
La Grèce a deux éléments inscrits sur la Liste représentative. La diète méditerranéenne est un élément multinational (inscrit en 2013 avec Chypre, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc et le Portugal) qui est multidimensionnel, englobant non seulement la culture et la nutrition traditionnelles mais également la philosophie, le symbolisme, les institutions sociales, les coutumes locales et d’autres aspects culturels. Le rôle central joué par les femmes dans la pratique, la transmission et la sauvegarde de cet élément est évident. Son inscription a eu des conséquences positives sur la diversité biologique et a permis de renforcer l’identité culturelle locale et de promouvoir le dialogue interculturel : l’association des communautés locales concernées est désormais active au sein d’un rassemblement paneuropéen des communautés emblématiques de l’élément. La plus grande partie de la sauvegarde se concentre sur l’éducation (en particulier pour les enfants d’âge scolaire) et la promotion au moyen d’événements locaux. Le savoir-faire de la culture du mastiha à l’île de Chios (inscrit en 2014) est un élément auquel participent tous les sexes et tous les groupes d’âge, soit au sein du groupe familial soit au sein d’un groupe de travailleurs, bien que cette pratique traditionnelle de production agricole soit désormais accomplie par des immigrants venus sur l’île de Chios et formés à cette tâche par les ainés détenteurs. L’Association des producteurs de mastiha agit en tant qu’intermédiaire entre les producteurs et le marché, et un comité non exclusif composé de cette association de producteurs et d’autres associations, des autorités régionales, de la municipalité, d’une université, de la Fondation de la Banque du Pirée et d’autres intervenants supervise la sauvegarde de l’élément. Parmi les mesures envisagées, on peut citer la création d’un Centre pour la sauvegarde du mastiha dans les musées locaux, des activités de recherche et des actions d’éducation et de promotion.

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