Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Cuba (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2013 et examiné par le Comité en 2014

Résumé

La Comisión para la Salvaguardia del Patrimonio Cultural Inmaterial (Commission pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel) est le principal organe compétent pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Elle a été établie en 2004 par la Résolution 126 (décembre 2004). Constituée de plusieurs institutions, elle est responsable de l’élaboration de la politique de sauvegarde et de promotion du patrimoine culturel immatériel au moyen d’une approche multidisciplinaire, en identifiant des expressions et manifestations du patrimoine culturel immatériel dans le pays et en prenant des décisions pertinentes afin de faire face aux dangers qui menacent la sauvegarde, le développement et la transmission continus du patrimoine culturel immatériel. Le Consejo Nacional de Patrimonio Cultural (Conseil national du patrimoine culturel), l’agence responsable au sein de la Commission, joue un rôle essentiel dans l’identification, l’inscription et la gestion du patrimoine culturel immatériel et, par l’intermédiaire de son réseau de musées, organise des activités sociales destinées à différents types de publics au sein desquels les détenteurs de traditions sont une composante essentielle.
Outre la Loi No 1 pour la protection du patrimoine culturel en vigueur depuis 1977, la définition d’instruments légaux pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est devenue une priorité. La création de la Commission en 2004 a constitué une étape essentielle dans la réalisation de cet objectif. Toutefois, une politique nationale en charge de réglementer la sauvegarde du PCI reste à définir avec la participation de tous les acteurs concernés.
S’agissant de la formation à la gestion du patrimoine culturel immatériel, le Centro Nacional de Superación para la Cultura (Centre national de formation culturelle approfondie), sous la responsabilité du Ministère de la Culture, dispense des cours sur le patrimoine culturel immatériel à des chercheurs et des décideurs. Le Consejo Nacional de Casas de Cultura (Conseil national des maisons de la culture) organise également des ateliers de formation sur la mise en œuvre de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel destinés à des fonctionnaires, des chercheurs et des détenteurs de traditions.
La documentation consacrée au patrimoine culturel immatériel est archivée au Centro de Investigación y Desarrollo de la Cultura Cubana Juan Marinello (Centre de recherche et de développement de la culture cubaine Juan Marinello), un centre de documentation qui possède une vaste collection de matériels disponibles en ligne et sur place pour les chercheurs et les étudiants. Le Conseil national des maisons de la culture publie des informations sur le patrimoine culturel immatériel et met à disposition les travaux de recherche menés par les différents territoires et communautés. Le Centro de Investigación y Desarrollo de la Música Cubana (Centre de recherche et de développement de la musique cubaine) est une autre institution œuvrant à la documentation et la publication d’ouvrages sur le patrimoine culturel immatériel.
Le Conseil national du patrimoine culturel est l’organe en charge de définir la méthodologie pour dresser les inventaires du patrimoine culturel immatériel ainsi que ceux du patrimoine matériel. Le principal inventaire du patrimoine culturel est le Système d’inventaire automatisé du patrimoine culturel cubain, au sein duquel une section est consacrée au patrimoine culturel immatériel. Les critères d’inclusion dans la section du patrimoine culturel immatériel sont basés sur l’article 2.1 de la Convention de 2003. Les éléments inclus sont récrées par les communauté, groupes ou individus ; ils procurent à ceux-ci un sentiment d’identité et de continuité ; et ils sont imprégnés de créativité et d’un sentiment d’appartenance. L’inventaire comprend une évaluation de la viabilité réalisée au moyen d’une déclaration obligatoire faite par la communauté dans le cas d’une expression menacée. Le Système d’inventaire automatisé doit être mis à jour de façon systématique et révisé tous les ans par des spécialistes du réseau national des musées municipaux qui soumettent des informations au Centre du patrimoine provincial dont ils dépendent, ces informations sont ensuite intégrées à l’Inventaire national.
Un deuxième inventaire, le Système national d’inventaire des maisons de la culture, est administré le Conseil national des maisons de la culture. Ses critères sont identiques à ceux du Système d’inventaire automatisé bien que la question de la viabilité soit traitée différemment en précisant si la manifestation a actuellement cours et quelles sont les formes de transmission utilisées pour assurer sa continuité. Ce Système national d’inventaire est régulièrement mis à jour par des spécialistes du Conseil national des maisons de la culture qui travaillent dans chaque territoire au niveau des municipalités.
Les deux inventaires sont dressés et mis à jour suite à un échange avec les communautés au niveau municipal. Les informations sont ensuite recueillies au niveau provincial et enfin chaque inventaire national est consolidé. Le recours à différentes techniques (observation, entretiens, photographies, vidéos participatives et enregistrements audio) permet de s’assurer de la participation des communautés. Une fois les informations recueillies, elles sont saisies sur les fiches d’inscription de l’inventaire. Les organisations non gouvernementales n’ont jusqu’alors pas participé à l’identification et la définition du patrimoine culturel immatériel.
Cuba a pris des mesures pour intégrer la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel aux programmes de planification et de développement. Les institutions culturelles et les autorités régionales travaillent en coordination avec le secteur économique pour soutenir des fêtes, des expositions d’artisanat, etc. en les intégrant dans les programmes de développement local permettant ainsi d’atteindre des objectifs de développement durable, de générer des revenus et d’accroitre le bien-être des communautés. Certaines ONG telles que l’Unión de Escritores y Artistas de Cuba - UNEAC (Union des écrivains et artistes de Cuba), la Fondation Fernando Ortiz et la Fondation Antonio Nuñez Jiménez ont œuvré en faveur de l’intégration pleine et entière du patrimoine culturel immatériel dans les politiques des institutions non-culturelles, de la coopération entre les experts des ONG et les autorités, et de l’élaboration de programmes de renforcement des capacités.
Hormis la procédure d’inventaire national, qui a en soi un rôle important de sensibilisation, les mesures destinées à assurer la reconnaissance, le respect et la mise en valeur du patrimoine culturel immatériel sont nombreuses. Les détenteurs de traditions sont officiellement reconnus par le Prix de la mémoire vivante du Centre de recherche et de développement de la culture cubaine Juan Marinello et une autre récompense est décernée par le Conseil national des maisons de la culture. Parmi les autres activités destinées à promouvoir le PCI, on citera l’organisation de festivals et de fêtes ainsi que de foires artisanales qui se tiennent tous les ans tant au niveau communautaire qu’international. D’autres entités organisent des événements nationaux et internationaux destinés à promouvoir la recherche et le débat sur le patrimoine culturel immatériel et de publier des périodiques et des brochures consacrés à la recherche dans ce domaine. Plusieurs émissions de télévision consacrées au patrimoine culturel immatériel ont été produites dont un cycle d’entretiens avec des spécialistes et des détenteurs à propos de différents éléments. Toutefois, alors que les expressions musicales et chorégraphiques et les festivals traditionnels ont été privilégiés, d’autres formes telles que les traditions orales ou les connaissances associées à la nature, l’agriculture et la pêche ont fait l’objet d’une promotion restreinte.
S’agissant de l’éducation formelle, les écoles primaires organisent des ateliers hebdomadaires dans lesquels les enfants peuvent s’exprimer et devenir détenteurs de traditions. L’Université de La Havane a créé un Département du patrimoine culturel qui met l’accent sur l’enseignement du patrimoine culturel immatériel et les cours d’histoire de l’art et de sociologie abordent également différents éléments traditionnels en lien avec la religion, les fêtes populaires ou la production artisanale. Le Centro Nacional de Conservación, Restauración y Museología – CENCREM (Centre national de conservation, restauration et muséologie) a organisé des cours soulignant le rôle joué par le patrimoine culturel immatériel dans la société, et les communautés organisent elles mêmes des ateliers consacrés à l’artisanat, la musique et la cuisine. Les Ateliers de culture populaire traditionnelle sont organisés afin d’encourager la reconnaissance du patrimoine culturel immatériel ainsi que le dialogue et les échanges entre communautés, professionnels de la promotion culturelle, spécialistes, etc. Le Programme pour un développement social et culturel durable organise, avec la participation des praticiens, des ateliers (conférences, masterclasses et démonstrations pratiques) dans les espaces communautaires des zones montagneuses et reculées.
En ce qui concerne la coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, Cuba est un pays actif qui participe pleinement aux activités du Centre régional du patrimoine culturel immatériel pour l’Amérique latine (CRESPIAL), un centre de catégorie 2 sous les auspices de l’UNESCO basé au Pérou, en particulier à son projet sur l’Univers culturel afro-descendant. Des activités de formation consacrées au patrimoine culturel immatériel font partie des accords de coopération signés avec d’autres pays de la région (p. ex. projets de mise en œuvre de l’Accord de coopération globale Cuba-Venezuela). Parmi toutes les actions, il convient de mentionner une série de cours sur l’évaluation et la promotion du patrimoine local (le projet culturel ALBA) et les rencontres sur le patrimoine des communautés d’Amérique latine et des caraïbes organisées en 2010 et 2011.
Après avoir été proclamée chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2003, la Tumba Francesa a été incorporée à la Liste représentative en 2008. Son inscription a permis de créer un espace pour un dialogue plus étroit entre les différentes communautés culturelles de la Tumba Francesa et de consolider leur rôle dans la sauvegarde de ce patrimoine. Afin de renforcer la transmission intergénérationnelle, des projets ont été conçus à l’intention des enfants (p. ex. un projet pour les enfants âgés de huit à douze ans) et du matériel éducatif consacré à la Tumba Francesa a été conçu pour les élèves de 6e/5e (11/12 ans). Pour la préparation du présent rapport, les divisions provinciales de la culture ont organisé des ateliers interactifs dans les trois principales provinces où la Tumba Francesa est pratiquée. Ces ateliers ont réuni les praticiens et les institutions impliqués dans la sauvegarde ainsi que des experts.

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