Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Côte d’Ivoire (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2012 et examiné par le Comité en 2013

Résumé

En Côte d’Ivoire, deux organes nationaux sont en charge de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel : la Direction du patrimoine culturel (DPC) créée en 1978, et l’Office ivoirien du patrimoine culturel (OIPC) créé en 2012, deux entités du Ministère de la Culture (MdC). La DPC est une « direction centrale » en charge de : l’identification et l’inventaire du patrimoine culturel immatériel ; la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel national ; et la mise à disposition d’informations sur le patrimoine culturel national. Elle prépare actuellement une liste indicative des éléments du patrimoine culturel immatériel qui pourraient être candidats à l’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. L’OIPC est une « direction générale » en charge de : la préparation des dossiers de candidature à la Liste représentative/Liste de sauvegarde urgente, la Liste du patrimoine mondial et la Liste du patrimoine national ; la coordination de la conservation, la sauvegarde, la mise en valeur et la promotion des éléments inscrits sur les listes nationales et internationales ; et la prise des mesures légales, scientifiques, techniques, administratives et financières adéquates pour sauvegarder les éléments. La législation en place est la Loi de protection du patrimoine culturel No 87-806 de 1987 qui est actuellement en cours de révision afin d’y introduire de nouveaux concepts dont le patrimoine culturel immatériel. Un projet de réglementation a été rédigé pour le programme des Trésors humains vivants et pour l’établissement d’une Commission nationale en charge de l’administration de ce programme ainsi que de la base de données destinée à promouvoir les praticiens et détenteurs du patrimoine culturel immatériel.
La DPC et l’OIPC sont responsables de la formation à la gestion du patrimoine culturel immatériel. Plusieurs sessions de formation (p. ex. sur la conception de formulaires d’inventaire et la documentation audiovisuelle) se sont déroulées au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC). Un séminaire de formation à la politique d’inventaire national s’est tenu en 2006 et un atelier préparatoire à un colloque international sur l’inventaire général et la mise en valeur économique du patrimoine culturel en 2008. Des stages de formation professionnelle ont été organisés par la DPC, avec un conservateur ivoirien qui a dispensé des formations en 2001, 2002, 2006, 2007, 2009 et 2011 au MRAC. En 2012, un atelier de formation a été organisé par la DPC afin de renforcer les capacités de son personnel à mettre en œuvre divers projets d’inventaire du patrimoine culturel immatériel. En outre, l’École de formation à l’action culturelle (EFAC) de l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (INSAAC) forme des professionnels à la gestion des ressources culturelles, la muséologie, l’archivistique et la documentation.
Les organes responsables de la documentation du patrimoine culturel immatériel sont la DPC et les Directions régionales de la culture et de la francophonie (à l’origine 13, désormais plus de 31). La documentation du patrimoine culturel immatériel est également conservée à la Bibliothèque nationale ivoirienne, au Centre national de recherche sur la tradition orale (CNRTO) qui détient des transcriptions, des enregistrements, des photographies et des films documentaires sur les expressions orales et la musique traditionnelle, à l’Institut d’ethnosociologie (IES), à l’Université Felix Houphouet et au Centre de recherche sur les arts et la culture (CRAC) de l’INSAAC qui conduit des travaux de recherche sur différents éléments du patrimoine culturel immatériel (musique, danse, théâtre, arts plastiques traditionnels).
La Loi de protection du patrimoine culturel No 87-806 de 1987 prévoit qu’un inventaire national du patrimoine culturel doit être dressé et mis à jour tous les ans. Cet inventaire inclut les arts et traditions populaires, l’artisanat, les arts musicaux traditionnels, les jeux et sports traditionnels et les expressions orales qui sont l’une des trois principales catégories. Toutefois, bien que le travail sur les arts et traditions populaires ait commencé en 1982, il n’est pas achevé. De 2008 à 2011, un travail de recherche à des fins d’inventaire a été mené dans la région de Bondoukou pendant le Festival du Zanzan (danse, instruments et costumes traditionnels) par la DPC, la Direction de la promotion des arts et de la culture (DPAC) et le Centre national des arts et de la culture (CNAC), ainsi que dans la région de Korhogo en 2012 pendant le Festival des arts sacrés de Korhogo. De 2011 à 2012, un inventaire de la musique et des instruments de musique traditionnels a été réalisé par la DPC et le MRAC.
En raison d’insuffisances financières et techniques, le travail d’inventaire du patrimoine culturel immatériel en tant que tel n’a commencé qu’en 2012. Le travail a débuté sur la base de l’inventaire de la musique et des instruments ainsi que des informations relatives au patrimoine culturel immatériel présentes dans l’inventaire national du patrimoine culturel général auquel ont été ajoutées les informations transmises par les Directions régionales. À ce jour, 25 éléments ont été inscrits. Les principaux critères d’inclusion d’éléments du patrimoine culturel immatériel à l’inventaire sont leurs caractéristiques spécifiques et le degré de la menace à laquelle ils sont confrontés. Aucune décision n’a encore été prise quant à la mise à jour, et les caractéristiques des éléments jusqu’alors identifiés doivent être examinés avant qu’une décision ne soit prise à ce sujet.
Les communautés sont considérées comme des acteurs et des ressources essentiels dans cette procédure. Elles interviennent par l’intermédiaire de leurs représentants, des associations de sauvegarde et des personnes ressources. Des réunions d’informations ont été organisées afin de leur présenter les formulaires d’inventaire. Des missions d’information ont également été conduites par le MRAC et la DPC avec les autorités administratives et coutumières locales afin d’identifier les lieux de recherche, en coopération avec les représentants des communautés. Sur la base des informations recueillies, les chercheurs ont préparé un calendrier (dates et lieux) pour le travail de recherche sur le terrain. Des organes scientifiques et différents niveaux de gouvernement (préfectures, sous-préfectures, districts et municipalités) participent à la procédure d’inventaire avec des enquêteurs locaux et des membres des communautés qui sont des acteurs essentiels et des personnes ressources. Les ONG œuvrant dans le domaine de la culture jouent un rôle important dans la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, y compris dans son identification. Il existe une « collaboration ouverte » entre les communautés locales, les ONG et les représentants des autorités pour définir le patrimoine culturel immatériel et proposer des inscriptions à l’inventaire.
S’agissant des mesures destinées à promouvoir la fonction du patrimoine culturel immatériel dans la société, le MdC accorde son soutien financier aux associations communautaires et aux ONG actives dans le domaine de la culture afin de soutenir leurs activités de sauvegarde. Le Fonds de soutien à la culture et à la création artistique (FSCCA) soutient les groupes ou associations qui veulent organiser des festivals de danse. Parmi les mesures de sensibilisation mises en œuvre, on citera : les Journées du patrimoine, des festivals et l’organisation de cérémonies commémoratives pendant des festivals régionaux (p. ex. la Journée internationale de la langue maternelle). Afin de promouvoir le patrimoine culturel immatériel et dans le cadre de la stratégie de réconciliation interethnique du début des années 2000, le MdC a lancé un grand programme de festivals (p. ex. le Festival N’Zassa, un grand festival regroupant de nombreux arts à Abidjan).
En ce qui concerne l’éducation, depuis 2001, le Projet d’écoles intégrées a formé et sensibilisé les jeunes générations aux langues locales en leur enseignant les langues maternelles ivoiriennes dès le primaire. L’objectif est de donner aux enfants des zones rurales et semi-urbaines les outils nécessaires pour écrire et lire, et cette initiative contribue également au renforcement des racines culturelles dans la société puisque, outre les langues, on enseigne les coutumes et les danses locales ainsi que d’autres formes d’art vernaculaire. Des informations sur les éléments inscrits seront également intégrées dans les programmes scolaires sous la forme d’ateliers pratiques de sensibilisation et en présentant aux jeunes la fabrication du balafon et du gbofe ainsi que les danses et chants associés à ces éléments.
L’enseignement formel peut toutefois être vu comme une menace pour les institutions traditionnelles et les formes de transmission du patrimoine culturel immatériel. Aujourd’hui, il est difficile pour les jeunes qui vont à l’école d’apprendre de leurs ainés, des praticiens et des détenteurs de connaissances et de savoir-faire traditionnels. En réponse à cette situation, les communautés ont elles-mêmes mis en place des « écoles » traditionnelles dans lesquelles elles enseignent leurs valeurs traditionnelles et leurs compétences et connaissances culturelles aux jeunes (p. ex. le savoir-faire associé à la tradition du gbofe avec une formation organisée par les percussionnistes et les trompettistes, les danseurs, etc.). Dans le cadre du programme de la Commission pour les Trésors humains vivants, chaque lauréat pourra bénéficier d’un soutien de l’État pour ses activités de transmission. L’éducation consacrée aux lieux naturels qui sont importants pour le patrimoine culturel immatériel se concrétise par des campagnes destinées aux populations locales, de telles mesures de sensibilisation sont renforcées par des règles coutumières qui interdisent certaines pratiques sur des sites sacrés et imposent des sanctions en cas de violation.
Parmi les exemples de coopération bilatérale, sous-régionale, régionale et internationale, on citera la collaboration susmentionnée entre la DPC et le MRAC dans les domaines de la musique et de l’organologie. Les chercheurs du Département de musicologie africaine de l’ancien Institut national des arts (INA) ont également collaboré avec leurs homologues d’institutions semblables dans dix pays de la région (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo) afin de collecter et de sauvegarder le patrimoine musical de leurs pays. La Côte d’Ivoire a organisé plusieurs réunions conjointes avec le Mali et le Burkina Faso sur les pratiques et les traditions associées à l’espace des communautés Senufo qui vivent dans les trois pays. Les documents préparés par les experts de chaque pays sont officiellement partagés et mis à disposition des communautés concernées. Depuis 2004, la Côte d’Ivoire participe au festival international « Triangle du balafon » avec le Mali et le Burkina Faso, qui se déroule tous les ans à Sikasso (Mali) ; la Guinée, le Sénégal et l’Angola sont invités à y participer.
La Côte d’Ivoire fait ici rapport sur un élément inscrit sur la Liste représentative : le Gbofe d’Afounkaha, la musique des trompes traversières de la communauté Tagbana (incorporé en 2008, après avoir été proclamé chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2001). La proclamation de cet élément et l’incorporation qui a suivi ont renforcé la sensibilisation à l’importance de la sauvegarde de l’élément et de toutes les traditions du peuple Tagbana. Cela a tout particulièrement mis en évidence la nécessité d’unifier les actions entreprises par les praticiens, les détenteurs, les associations, les experts nationaux et les autorités locales afin de sauvegarder et d’améliorer ce patrimoine culturel immatériel. Les communautés locales ont créé l’Association pour la sauvegarde des musiques des trompes traversières (ASMTT-CI). La reconnaissance internationale a également permis de renforcer le dialogue intercommunautaire entre les populations Tagbana, Senufo et Malinke de Côte d’Ivoire, ce qui est particulièrement important dans le contexte de réconciliation d’après-guerre. Suite aux troubles politiques, les villages Tagbana de la zone du Gbofe ont été vidés de leur jeunesse et la transmission a été interrompue ; la nouvelle reconnaissance du patrimoine a permis de recréer la transmission.

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