Le Sanké mon, rite de pêche collective dans le Sanké

Inscrit en 2009 (4.COM) sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente

© 2009 by DNPC
Le Sanké mon, rite de pêche collective, a lieu à San, dans la région de Ségou au Mali, tous les deuxièmes jeudis du septième mois lunaire pour commémorer la fondation de la ville. Le rite commence par le sacrifice de coqs et de chèvres et par des offrandes des habitants du village aux esprits de l’eau qui habitent la mare Sanké. Une pêche collective a lieu ensuite pendant quinze heures à l’aide de filets à larges et à petites mailles. Elle est immédiatement suivie d’une danse masquée sur la place publique, dans laquelle se produisent des danseurs Buwa de San et des villages environnants qui portent le costume traditionnel et un chapeau décoré de cauris et de plumes, et qui exécutent une chorégraphie particulière au rythme de divers tambours. Le rite du Sanké mon marque traditionnellement le début de la saison des pluies. C’est aussi une expression de la culture locale à travers l’art et l’artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau. Il renforce les valeurs collectives de cohésion sociale, de solidarité et de paix entre les communautés locales. Depuis quelques années, il connaît une chute de popularité qui menace de mettre son existence en péril, les facteurs contribuant à ce phénomène étant notamment l’ignorance de l’histoire et de l’importance de la tradition, une diminution progressive de la participation au rite, des accidents occasionnels pendant son déroulement et la dégradation de la mare Sanké à cause des pluies insuffisantes et des effets du développement urbain.

Rapport périodique

A. Page de couverture

A.1. État partie

Mali

A.2. Date du dépôt de l'instrument de ratification, d'acceptation, d'approbation ou d'adhésion

03-06-2005

A.3. Élément inscrit sur la Liste de sauvegarde urgente qui fait l'objet du présent rapport

Nom de l'élément

Le Sanké mon, rite de pêche collective dans le Sanké

Inscrit en

2009

A.4. Période considérée dans le présent rapport

06-2012 - 11-2013

A.5. Autres éléments inscrits sur la Liste de sauvegarde urgente, le cas échéant

La société secrète des Kôrêdugaw, rite de sagesse du Mali (2011)
Le Sanké mon, rite de pêche collective dans le Sanké (2009)

A.6. Synthèse du rapport

Le Sanké mon, rite de pêche collective dans le Sanké, est un événement rituel et festif se déroulant autour de la mare du Sanké située à San, dans la Région de Ségou – Mali. L’évènement est annuel et a lieu le deuxième jeudi du 7ème mois lunaire. Les festivités qui occasionnent le regroupement de diverses communautés et leurs diasporas, comportent deux aspects : les manifestations de réjouissances populaires (veillées nocturnes, rencontres communautaires, danses des masques) et les rites de libation qui précèdent la pêche collective qui a lieu dans la mare Sanké.
Son inscription sur la Liste du patrimoine culturel oral et immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, à cause des menaces d’ordre naturel et anthropique (l’exode rural, l’intégration d'activités modernes aux manifestations de réjouissances populaires, la faible participation des ressortissants, l’ensablement de la mare), a suscité beaucoup d’espoir et d’intérêts auprès des autorités communautaires, coutumières et de leurs ressortissants qui ont créé des associations de promotion et de diffusion des éléments du Sanké mon et a davantage renforcé son appropriation et galvanisé les communautés à circonscrire les menaces en vue d’assurer sa pérennité et la continuité culturelle identitaire et communautaire.
Le Sanké mon est aussi le garant de la cohésion sociale et un instrument sûr de résolution de conflits intra et intercommunautaires. A ce titre, les communautés en ont fait un levier important pour le développement harmonieux et durable de la localité de San. Par delà de l’affirmation de l’identité culturelle, le Sanké mon, véritable occasion de regroupement d’un monde venant de divers horizons, participe de l’autopromotion communautaire en générant des revenus à travers le biais du tourisme culturel, de l’artisanat d’art et des industries culturelles.
Ces acquis communautaires ont été soutenus et suivis par les efforts des responsables administratifs et communaux locaux et nationaux, axés sur la réalisation sur le terrain des activités transversales (information, sensibilisation, émissions radiophoniques et renforcement des capacités des gestionnaires locaux), de recherche, de documentation, d’inventaires et de promotion de l’élément. Ces activités ont permis de consolider les efforts de conservation et de transmission des communautés et de reconnaître l’élément comme patrimoine culturel national et international. La remise de la copie du certificat d'inscription du Sanké mon sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente et les documents ayant trait à l'inscription de l'élément à la municipalité et aux autorités coutumières a été un moment de communion et de reconnaissance mutuelle des efforts déployés pour protéger inlassablement l’élément.
Le rapport traite des points sur la viabilité de l’élément, les mesures de sauvegarde, l’état des menaces et des risques. Les différentes parties ont été rédigées avec l’apport des communautés. On y trouvera un exposé des mesures prises pour solutionner les menaces qui pesaient sur la viabilité de l’élément à son inscription sur la Liste de sauvegarde urgente, la situation actuelle de l’élément inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.
Pour mieux respecter les critères d’inscription et assurer le suivi régulier des biens, les capacités de la Direction Nationale du Patrimoine Culturel (DNPC) ont été renforcées par la création des Directions Régionales de la Culture et des Missions Culturelles autour des biens inscrits et/ou classés.
Au niveau local, il est créé au niveau de chaque commune une commission de sauvegarde du patrimoine, composée des autorités administratives, communales et coutumières, dont le rôle est d’informer et sensibiliser les communautés. La commission donne son avis sur toutes les questions relatives à la protection et à la promotion du patrimoine local et est chargée d’organiser les communautés pour leur participation aux travaux de restauration, d’entretien et de fonctionnement des infrastructures culturelles.
Le présent rapport prend en compte un grand nombre d’apports des communautés et des détenteurs. Des organisations non gouvernementales, des universitaires et experts s’intéressant à la culture malienne, ont également contribué à sa rédaction.

A.7. Personne à contacter pour la correspondance

Titre (Mme/M., etc.)

M.

Nom de famille

CISSE

Prénom

Lassana

Institution/fonction

Direction Nationale du Patrimoine Culturel (DNPC)/ Directeur National

Adresse

BP: 91, Quartier Commercial, Route de Koulouba, Bamako, Mali

Numéro de téléphone

+223 20 22 33 82; Mobile: 66 76 21 73

Numéro de fax

+223 20 23 83 44

Adresse électronique

lcissed@yahoo.fr

Autres informations pertinentes

B. Etat de l'élément inscrit sur la liste de sauvegarde urgente

B.1. Fonctions sociales et culturelles

Les familles fondatrices Traoré, Toumagnon, Théra, Santara et Daou jouent un grand rôle dans la célébration du Sanké mon, Rite de pêche collective dans le Sanké. Ils fixent la date, ordonnent le démarrage des activités.
Le « Sanké mon », Rite de pêche collective dans le Sanké, est un événement rituel et festif qui se déroule autour de la mare du Sanké, située à San, Chef-lieu de Commune et de Cercle, dans la Région de Ségou – Mali. Le rite est annuel et a lieu le deuxième jeudi du 7ème mois lunaire.
Les festivités comportent deux aspects : les manifestations de réjouissances populaires (danse des Buwa) et les rites qui précèdent la pêche collective qui a lieu dans la mare Sanké. En effet, à la veille de la pêche, le « Prêtre des génies des eaux » fait des sacrifices à la mare pour implorer l’accord et la clémence des génies de l’eau afin que la pêche soit fructueuse et que les participants retournent sains et saufs dans leurs famille respectives. Ce rite est tenu secret.
Le Ministère de la Culture, à travers la Direction Nationale du Patrimoine Culturel, apporte à chaque édition un appui financier aux autorités administratives et coutumières de San en vue de soutenir l’organisation des festivités. Aussi, pour soutenir l’effort de sauvegarde, le Ministère de la Culture, à travers la Direction Nationale du Patrimoine Culturel, a inscrit le Sanké mon à l’inventaire par Décision N°444/MC-SG du 07 mai 2001 portant inscription de biens culturels à l’inventaire du patrimoine culturel national. Le Ministre de la Culture a adressé une lettre au Gouverneur de Ségou pour la délimitation et le bornage de la mare Sanké.
Le « Sanké mon », Rite de pêche collective dans le Sanké, est une occasion pour toute la communauté de San et les différents clans de resserrer leurs liens.
Au cours de la célébration du « Sanké mon », Rite de pêche collective dans le Sanké, des chansons fédératrices sont chantés. La fête a raffermi les liens de mariage. La fête est une occasion pour chaque jeune fille de porter ses plus beaux bijoux.
Le « Sanké mon » est un moyen pour la communauté de San de renouer avec la tradition tout en participant aux manifestations organisées dans les différents lieux sacrés. Ces lieux qui font l’objet de vénération sont aussi une source de croyance et de confiances mutuelles collectives. Le bois sacré du Santoro a longtemps été un lieu de recueillement pour toute femme qui ne parvenait pas à procréer. Les personnes angoissées par un problème quelconque venaient se confier aux génies du bosquet. Mais une fois les vœux exaucés, les intéressés devaient en contre parti donner soit un bélier blanc, soit un coq blanc aux génies protecteurs de Santoro. L’observance des rites du « Sanké mon » est une occasion pour la communauté de San de solliciter l’aide des génies protecteurs afin que la saison pluvieuse soit bonne. Le jour de la pêche, une bonne partie des participants couvre leur visage de boue extraite de la mare pour avoir la «baraka » et conjurer les mauvais sorts. La boue, l’eau de la mare ont des vertus thérapeutiques et attirent la chance. Les femmes, nouvellement mariées, retournent à la mare pour honorer l’engagement pris l’année d’avant.

B.2. Analyse de sa viabilité et risques auxquels il est actuellement exposé

Les populations de San et les villages environnants restent fortement attachés au Sanké mon en tant que rite de pêche collective. Cet attachement est à l'origine de leur engagement; il encourage la participation communautaire active aux cérémonies traditionnelles.
Le « Sanké mon », Rite de pêche collective dans le Sanké, a lieu encore chaque année à la période prévue. La manifestation avait baissé en intensité à cause de la péjoration climatique, notamment la mauvaise pluviométrie à l'origine de la baisse du niveau d’eau dans la mare.
Depuis un certain temps, la mairie procède par un système de pompage pour remplir la mare à la veille de la pêche. Cette pratique a amélioré l'approvisionnement en eau de la mare. Les communautés sont motivées par l'initiative communale. La menace a trouvé sa solution grâce aux efforts conjugués de la municipalité et de toutes les parties prenantes.
La ville de San est programmée en 2015 pour l’aménagement de la plaine. Ce programme s’inscrit au compte des grands travaux d’aménagement des plaines rizicoles dans le cadre de la mise en valeur du barrage de Talo.
- Urbanisation rampante:
L’augmentation de la population ces dernières années a créé le besoin d’espace pour la construction des habitats. L’urbanisation a atteint les villages immédiats de la ville, notamment Térékungo et Parana, deux villages clés du Sanké mon qui sont en passe de devenir des quartiers de San.
Les populations des deux villages n’ont pas accepté la distribution anarchique de leurs terres. Toutes les places publiques, tous les bosquets liés à l’initiation, sont soigneusement épargnés. Aussi, ces espaces sont pris en compte dans le classement national du sanké mon.
- La course de motos:
L’un des grands obstacles au Sanké mon est sans doute la course des motos. Avec la prolifération d'engins à deux (2) roues, les jeunes circulent imprudemment dans la ville, sur des motos sans protection. Cette circulation dangereuse occasionne malheureusement des pertes en vies humaines et des blessés suite à des accidents graves. En 2011, la course de la moto a fait sept (7) tués et plusieurs blessés. Cette pratique, nouvellement introduite par la jeune génération, décourage une grande partie de la population à participer au Sanké mon.
Face à cette tragédie, des mesures idoines sont prises. Pendant la fête, les forces de l'ordre, la justice et les autorités coutumières veillent à la bonne marche des mesures sécuritaires. L'engin de tout contrevenant est saisi. Ces efforts ont été salutaires pour la 614ème édition qui n’a enregistré aucun accident pendant le Sanké mon. Ces efforts se poursuivront.
De nouvelles activités, comme le concours de rap, les concerts, les courses d’ânes sont organisées à l'attention de la jeunesse.
- Le désintérêt des jeunes:
Avant, le Sanké mon ne mobilisait pas assez les jeunes qui pensaient que c’était l’affaire des personnes âgées.
Les parents ont montré à leurs enfants les biens faits de cette pratique séculaire. Ils se sont basés sur des anecdotes, l’histoire, le savoir et savoir-faire de leurs grands parents pour sensibiliser les jeunes. Aujourd’hui à l’annonce de cette activité, plusieurs ressortissants de San s'organisent pour regagner leur ville d'origine.
La transmission, comme tous les éléments du patrimoine culturel immatériel contribuant à la formation de l’identité, est un devoir et une mission sacrée pour tous. Elle est assurée par les anciens à travers plusieurs activités.

B.3. Mise en œuvre des mesures de sauvegarde

B.3a. Objectifs et résultats

Plusieurs objectifs visant à atténuer les impacts négatifs des menaces qui affectent le Sanké mon avaient été définis dans le dossier de candidature pour l’inscription du Sanké mon sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Les activités d’information, de sensibilisation, de communication et de formation des communautés locales sur l'importance économique et socioculturelle d’une bonne conservation du Sanké mon tiennent une place importante. Elles ont concerné la diffusion de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et les textes juridiques nationaux de protection et de promotion du patrimoine culturel, l’organisation des conférences de presse à Bamako et dans les huit (8) capitales régionales, le classement dans le patrimoine culturel national du Sanké mon par Décret N°2011 239/ P-RM du 12 mai 2011, contribuant ainsi à sa reconnaissance nationale comme élément significatif du patrimoine national, la « capacitation » des populations locales à travers des sessions de formation visant à mieux générer et assurer une bonne organisation de l’évènement.
La diffusion des informations sur les radios de proximité (émissions radiodiffusées) portant sur l’importance et les valeurs socioculturelles du Sanké mon par le comité national en collaboration avec le comité de gestion local (acteurs locaux) à l’intention du grand public a, non seulement renforcé la connaissance et l’appropriation de l’élément à la base, mais aussi contribué à la mobilisation massive des populations autour du Sanké mon comme patrimoine identitaire et fédérateur local. La proximité des radios et les émissions en langues locales ont favorisé l’adhésion des auditeurs aux émissions et la diffusion de l’information. Les critiques et suggestions formulées par certains auditeurs ont permis d’améliorer la qualité et le contenu des émissions.
L’éducation des jeunes au patrimoine, à travers l’organisation d'expositions sur les photographies expressives des différentes éditions du Sanké mon dans les établissements scolaires et dans la cour de la Mairie, a permis de faire connaitre aux jeunes et au grand public l’histoire et les valeurs du Sanké mon et de les sensibiliser sur les menaces de sauvegarde et de transmission. La visibilité de l’outil-image a incité certains jeunes à faire des dessins pour eux-mêmes et leurs parents. Développer auprès des communautés locales, y compris les autorités politiques et administratives, un argumentaire sur les bénéfices socioculturels, naturels et économiques d’une bonne conservation du «Sanké mon», est un acquis, vu l'implication des autorités à toutes les étapes des préparatifs et les revenus générés au profit des communautés locales. Le Sanké mon est reconnu sur le plan national, en tant que bien culturel classé dans le patrimoine national (la délimitation et le bornage sont en cours) et son inscription sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de sauvegarde urgente de l'UNESCO. La DNPC participe à toutes les éditions annuelles. C'est l'occasion de faire l'état des lieux de l'élément et actualiser le fonds photographique. Les communautés sont en train de fournir beaucoup d'efforts pour soutenir et contribuer à la réalisation des mesures de sauvegarde.
Ces activités ont permis aux communautés de reconsidérer les valeurs de l’élément, à travers la fondation du village, la cohésion sociale, l’utilisation des poissons de la mare dans l’alimentation et comme cadeaux aux proches, notamment les beau-parents, l’expression des voeux à exaucer par les génies d'eau et les vertus thérapeutiques de la boue et de l’eau de la mare; enfin l’observation des pratiques rituelles qui conditionnent l'accès à la mare.

B.3b. Activités de sauvegarde

Depuis son inscription sur la Liste de sauvegarde urgente, la communauté est mobilisée autour de l’élément. Dès la fin de la 612ème édition de la pêche rituelle, la municipalité avait sollicité le concours du Programme d'Appui aux Collectivités Territoriales (PACT) soutenu par la coopération allemande (GIZ), pour empoissonner la mare. Le Programme d’Appui aux Collectivités Territoriales a mis à la disposition de la municipalité de San 4000 alevins. Des brigades de surveillance sont mises en place pour la sécurisation de la mare. Des jeunes motivés surveillaient nuit et jour la mare pour empêcher les pêches clandestines. Des réunions ont été organisées pour sensibiliser les jeunes en vue de préserver la mare.
Les principales activités menées dans le cadre du renforcement des mesures de sauvegarde, de l’inscription de l’élément à nos jours, concernent les activités transversales telles l’information, la sensibilisation, la communication et la formation des communautés détentrices de l’élément, les enquêtes de terrain (documentation et collecte des informations), la restitution des résultats des enquêtes aux communautés, la diffusion d’informations portant sur des thèmes variés de protection et de promotion sur les radios de proximité, la production d’œuvres musicales, l’éducation des jeunes scolaires au patrimoine, à travers l’organisation d’expositions photographiques et la production de supports de sensibilisation.
- Les séances d’information et de sensibilisation portant sur la conservation, la bonne gestion, la promotion et la bonne organisation annuelle du Sanké mon ont été organisées et animées par les membres du comité local de gestion, créé à cet effet. La réalisation de l’activité par les acteurs locaux a permis de mobiliser massivement les populations à prendre part aux réunions et d’établir un climat de confiance entre la Direction Nationale du Patrimoine Culturel et les acteurs locaux. Cependant, l’activité a rencontré certaines difficultés dues à l’occupation des populations par les travaux champêtres pendant la saison des pluies et les périodes de récolte.
- Le renforcement des capacités : les sessions de formation des communautés détentrices de l’élément sur l’organisation et la gestion de l’ensemble des ressources socioculturelles liées au Sanké mon ont permis aux membres du comité local de gestion d’acquérir de nouvelles connaissances sur la gestion communautaire et individuelle de l’élément et les stratégies de mobilisation, de relayer l’information aux populations sans l’apport de la DNPC et d’initier volontiers des activités de sauvegarde par la création des brigades de jeunes pour la surveillance de la mare et des sites associés. L’activité a permis également aux membres du comité local de gestion de mieux organiser les éditions du Sanké mon qui ont suivi les séances de formation.
- Les enquêtes de terrain réalisées à San et environs par les enquêteurs locaux sur le Sanké mon à travers l’inventaire, ont permis de collecter des informations substantielles sur différents éléments et témoignages culturels (éléments immatériels et matériels associés, prises de photographies, enregistrements sonores des trésors humains vivants, détenteurs des savoirs et savoir-faire) liés au Sanké mon. Aussi, les enquêtes ont-elles permis d’infirmer ou de confirmer certaines informations issues de la revue documentaire. Comme sus-mentionné, certains acteurs clés, occupés par les travaux champêtres n’étaient pas disponibles.
- La restitution des résultats des enquêtes auprès des populations a permis d’améliorer et de valider les résultats, de garantir l’implication des communautés et des responsables de la Commune, et consolider la confiance entre toutes les autorités locales concernées, de favoriser la prise en compte et la réalisation d’actions en faveur des éléments en voie de dégradation dans le plan de développement communal par les responsables de la Commune. En vue de promouvoir l’archivage au niveau local des éléments liés au Sanké mon, des copies des résultats d’inventaire ont été remises aux autorités communales et coutumières.
- Production d’œuvres musicales. Au cours de cette activité, les musiques, les chants et les danses du terroir d'artistes des différentes communautés ont été enregistrés lors des festivités du Sanké mon sur CD, cassettes audio, distribués auprès des acteurs locaux et diffusés sur les radios locales. Ce qui a permis de valoriser les productions artistiques et culturelles locales et de conserver la mémoire collective sur des supports informatiques et audiovisuels.
- Les supports de sensibilisation et les documents promotionnels(dépliants et posters) produits sur les éléments inventoriés ont été distribués au grand public lors des éditions de 2010, 2011, 2012 et 2013. Ils ont permis de sensibiliser sur les menaces d’ordre naturel et anthropique et la nécessité de transmettre le Sanké mon aux jeunes générations. L’avantage est que chaque participant dispose d’une documentation individuelle permettant ainsi de faciliter l’exploitation et d’acquérir des connaissances.
La communauté à plusieurs moyens pour accéder aux données :
- A la mairie de la commune , les cassettes audio et les CD sont disponibles ;
- Au niveau des villages, le représentant du chef de village les met à la disposition de la communauté ;
- Au niveau de la DNPC, les ressortissants de San et les personnes intéressées ont accès à toutes les informations relatives à la vie du Sanké mon.
Bientôt, les informations seront disponibles sur le site web du Ministère de la Culture et celui de la DNPC.
Des chansons sont transférés dans les téléphones portables, des affiches sont visibles sur des murs et dans les lieux publics. Les documents sont exploités par les étudiants et chercheurs dans le cadre de leurs travaux.
Toutes ces activités contribuent à renforcer l’attachement des communautés à l'élément.

B.3c. Participation de communautés, de groupes ou d'individus aux activités de sauvegarde

Les communautés, groupes et individus (les notabilités et les personnes influentes) de San, notamment les familles fondatrices sont les premiers responsables de l élément. A ce titre, ils initient, organisent et participent activement à toutes les activités portant sur la sauvegarde, présidées par les autorités administratives, les responsables des collectivités territoriales et les chefs coutumiers. Les associations culturelles et groupements socioprofessionnels à caractère culturel s'impliquent également dans la réalisation des activités. Ils sont consultés pour la mise en œuvre de l'ensemble des activités touchant l'élémént. Leur accord et leur implication effective constituent la condition sine qua non pour la mise en œuvre de ces activités. C’est dans le cadre de cette dynamique sociale et culturelle que le dossier d’inscription a été élaboré et soumis à l’UNESCO.
L'une des originalités du projet est que les représentants ont été formés à l'administration et à l'utilisation des fiches d’inventaire du patrimoine culturel immatériel et des Trésors humains vivants comme enquêteurs. Ces enquêteurs ont rempli toutes les fiches d'inventaire produites au cours du projet. Ils ont, en outre, animé, en collaboration avec la DNPC, les séances d'information et de sensibilisation sur le projet, les menaces et les bénéfices de la gestion parcimonieuse des éléments culturels liés au Sanké mon. Aussi, les communautés ont-elles contribué à améliorer et valider les résultats des enquêtes lors des séances de restitution.
Aujourd’hui, la participation communautaire à toutes les rencontres, études et échanges, le maintien et l’entretien des canaux de transmission traditionnels par les communautés dépositaires gardiennes du sanke mon, témoignent de la volonté à sauvegarder l'élément.
Les habitants des localités de Térékungo et de Parana, deux villages importants du Sanké mon sont très actifs dans le processus de sauvegarde de l’élément. Ce sont eux qui organisent le «Bobo ben» qui est la rencontre des Buwa de Térékungo et de Parana, deux localités bobo voisins, unis par des liens solides d'entraide et de solidarité. Réciproquement, les deux villages se rendent visite à l'occasion de la fête annuelle du Sanké mon. Ce mouvement des Buwa de Térékungo vers Parana s’effectue au son des tam-tams et autres instruments de musique traditionnels.

B.3d. Calendrier et budget

Activités Période d’exécution Fonds utilisés en US $
Fonds PCI
- Organisation des séances d’information et de sensibilisation: Mars 2010 – Avril 2011 2 300$
- Organisation des sessions de formation des communautés: Aout 2010 10 000$
- Recherche documentaire et collecte des informations sur le terrain (inventaire, prises de vue et enregistrements sonores auprès des Trésors humains vivants): Avril –Juillet 2010 3800$
- Séances de restitution des résultats des enquêtes aux communautés: Mai 2011 1000$
- Diffusion d’informations sur les radios de proximité: Mai - Juin 2010 et Mai 2011 1 6 00$
- Education des jeunes au patrimoine (organisation d’expositions photographiques, séances sur l'histoire et les valeurs socioculturelles du Sanké mon dans les établissements scolaires): Mai - Juin 2010 et Avril - Mai 2011 2 100$
- Production de supports de sensibilisation: Mai - Juin 2010 et Avril - Mai 2011 1 900$
- Evaluation des activités du projet: Juin 2011 1 000$
- Production du rapport final du projet: Juin 2011 300$
Total Fonds PCI : 24 000$
Contributions du Gouvernement du Mali:
- Appui des autorités communales et coutumières à l'organisation des éditions du Sanké mon:
2012: Séances d'information et de sensibilisation, plantation d'arbres sur le site de la mare, production d'œuvres musicales lors de l'édition 2012: 3000$
2013: Séances d'information et de sensibilisation, réalisation d'émissions radiodiffusées, organisation d'une exposition photos sur le Sanké mon, empoissonnement de la mare, production d'affiches et de dépliants: 5000$
- Carburant, entretien/réparation véhicule : 3 000$
- Frais de communication : 1500$
- Frais divers : 500$
Total Gouvernement du Mali: 13 000$

B.3e. Efficacité globale des activités de sauvegarde

D’une manière générale, les objectifs principaux pour la mise en œuvre des mesures de sauvegarde proposées du Sanké mon ont été atteints. Des résultats appréciables ont été obtenus.
Les activités ont été exécutées sur la base de supports de programmation/planification, de suivi-évaluation et de production de rapports d’exécution technique et financier. Les supports ont été mis à la disposition des acteurs locaux (responsables administratives, comité de gestion, autorités coutumières) pour information et exploitation. Cela a permis de mettre en place un mécanisme de suivi et de communication efficace qui a impliqué toutes les parties prenantes de l’élément. En outre, il a permis de partager les informations, d’établir le rapport entre les prévisions et les réalisations, le niveau de réalisation des activités prévues, de voir et appréhender de près les difficultés rencontrées, de proposer des mesures correctives et de prendre des décisions par la suite.
Actuellement sur le terrain, les activités d’information et de sensibilisation menées par le comité local de gestion et l’animation par la diffusion d’émissions radiophoniques se poursuivent. La création de brigades de surveillance et de protection de la mare et de ses environs est en train de se réaliser, ainsi que la délimitation et le bornage du site de la mare. La recherche d’autres sources de financement pour renforcer les activités de sauvegarde par les associations locales de jeunes et l’inscription d’une partie de l’organisation de l’évènement dans le budget annuel du plan de développement économique et socioculturel (PDESC) de la Commune urbaine de San sont une preuve de cette mobilisation. Elles constituent également un témoignage éloquent de la volonté et l'engagement communautaire à protéger un patrimoine commun ayant une valeur identitaire.
La concertation à tous les niveaux de décisions, la responsabilisation du comité de gestion local, le partage de l’information et des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des activités, la réalisation participative des activités programmées sur le terrain sont des signes encourageants pour la sauvegarde durable de l'élément. De même, l’implication des communautés locales, des personnes ressources et de certains acteurs locaux du développement communal, à travers le Comité de gestion local, la validation des résultats obtenus des activités et des décisions importantes concernant les perspectives d’une gestion de l’élément, ont contribué à l’atteinte des objectifs. Ces acquis ont permis aux communautés de renforcer considérablement le dispositif de sauvegarde et de gestion traditionnel du Sanké mon et augurent de bonnes perspectives pour la perpétuation du Sanké mon en tant que pratique culturelle ancestrale.
Les artisans trouvent leur compte dans la fête du Sanké mon. Ceux qui savent réparer ou confectionner les nasses le font moyennant de l'argent. Les nasses, pendant cette période, sont bien vendues. Les tailleurs sont suffisamment sollicités. Les tresseuses, les bijoutiers, restaurateurs et autres, travaillent beaucoup. Dans tous ces secteurs, les femmes ont toujours été présentes.
A chaque occasion, la communauté est informée sur le Sanké mon par les radios locales. Les animateurs de radios, à cause de l'importance de l'élément, sensibilisent la population en leur demandant de ne pas entreprendre dans le Sanké, d' activités nuisibles à la mare et cela de leur propre gré.
L'organisme allemand de coopération a initié des activités de pisciculture dans d'autres communes du Mali. C'est dans ce cadre que la mairie a sollicité et obtenu des alevins pour alimenter la mare. Cet apport a motivé la communauté et a permis aux jeunes de s'approprier cette activité.
La Direction Nationale du Patrimoine Culturel a apporté l’appui-conseil technique nécessaire au comité local de gestion dans la mise en œuvre des mesures de sauvegarde. Cela a été possible grâce à l'approche pluridisciplinaire et la compétence des ressources humaines dont dispose la DNPC. La mise en œuvre des mesures de sauvegarde est le fruit d'une collaboration efficace entre les professionnels du patrimoine et les communautés locales ; les savoirs scientifiques et techniques venant en complément des savoirs traditionnels locaux des communautés désireuses de préserver et de transmettre les éléments significatifs de leur patrimoine. 

B.4. Participation des communautés

Les autorités traditionnelles de San sont et demeurent les acteurs incontornables et les premiers gardiens du Sanké mon. L’ensemble des mesures de sauvegarde a été réalisé à la base dans une approche holistique et participative, impliquant toutes les parties prenantes, notamment les communautés, groupes et individus (les chefs coutumiers et les personnes influentes) de San qui sont les dépositaires et gardiens du Sanké mon.
Les autres membres de la communauté interviennent dans l'organisation matérielle de l'événement. La commission d'organisation, composée des représentants de toutes les couches, fait appel aux jeunes, garcons et filles. Dans les villages voisins, les griots se mobilisent autour de leurs instruments de musique en les mettant en bon état. Les sacrificateurs s'occupent discrètement à chercher et trouver ce qui leur faut pour procéder aux rites.
A ce titre, ils particpent à toutes les activités relatives au Sanké mon, initiées par les autorités administratives, les collectivités territoriales ou les associations/groupements professionnels à caractère culturel. Ils sont consultés pour toute activité touchant l'événement. Leur accord de principe et leur implication effective sont nécessaires pour l'organisation des activités. Ceci est un gage de sauvegarde durable de l’élément.
L’approche participative est perceptible à travers la création du comité local de gestion au sein duquel toutes les couches socioprofessionnelles sont représentées : responsables communaux, autorités coutumières (familles détentrices du droit coutumier et dépositaires des rites et culte de la mare), associations culturelles et éducatives, etc. Outillé à la suite des sessions de formation, le comité organise les séances de travail, informe et forme, anime et diffuse les informations, facilite et participe aux enquêtes de terrain et aux séances de restitution.
Aujourd'hui, au-dela des efforts déployés par les responsables de l'administration et la municipalité, le comité de gestion du Sanké mon est en train de poursuivre les activités d'information et de sensibilisation sur le terrain et d'identifier des partenaires techniques et financiers susceptibles d'apporter un appui aux projets de réalisation d'infrastructure d'accueil et de soutien à l'organisation des festivités.

B.5. Contexte institutionnel

a).Créée par Ordonnance N°01- 027/P-RM du 2 août 2001, la Direction Nationale du Patrimoine Culturel (DNPC, BP 91, Centre Commercial, Bamako, République du Mali, Tél (00223) 20 22 33 82 / 66 76 21 73, Fax (00223) 20 23 83 44, E-mail : dnpcmali@gmail.com, Site : Dnpcmali.wordpress.com) est un service public central ayant pour mission d'élaborer les éléments de la politique nationale dans le domaine du patrimoine culturel.
b).En plus de cette structure, il y a:
- la Direction Régionale de la Culture de Ségou,
- l’Association « Entente Sanoise, tél 903 85 46» et l’Alliance « Dofèra et Banabako, BP E 4077» de San (Sanké mon);
- Les groupes et organisations concernés par la sauvegarde de cet élément;
- L’Académie d'enseignement de San
- L’animateur de la culture de San ainsi que tous les services culturels locaux de San et de Ségou.

B.6. Participation des communautés a l'etablissement du présent rapport

C. Signature au nom de l'état partie

Nom

Lassana CISSE

Titre

Directeur National du Patrimoine Culturel

Date

25-06-2014

Signature

Top