Rapport périodique sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

La Convention précise dans son Article 29 que les États parties présentent au Comité des rapports sur les dispositions législatives, réglementaires ou autres prises pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sur leurs territoires. Cette page présente les rapports périodiques et les échéances pour un pays : Maroc (voir la situation de tous les États parties).

Les rapports périodiques permettent aux États parties d’évaluer leur mise en œuvre de la Convention et leurs capacités de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de faire rapport sur leurs inventaires du patrimoine culturel immatériel, et de mettre à jour le statut des éléments inscrits sur la Liste représentative.

Quand des éléments sont inscrits sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, l’État partie soumissionnaire s’engage à prendre des mesures de sauvegarde visant à renforcer la viabilité du patrimoine concerné. Quatre ans après l’inscription, l’État partie fait rapport au Comité sur la situation actuelle de l’élément, sur l’efficacité des mesures de sauvegarde mises en œuvre, ainsi que sur les défis rencontrés.


Sur la mise en œuvre de la Convention

Chaque État partie soumet son rapport périodique au Comité avant le 15 décembre de la sixième année suivant la date à laquelle il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et tous les six ans par la suite.

Rapport soumis le 15/12/2013 et examiné par le Comité en 2014 (dû originellement au 15/12/2012)

Résumé

L’organe national en charge de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est la Direction du patrimoine culturel au sein du Ministère de la Culture, qui réalise l’inventaire et assure la sauvegarde et la mise en valeur de tous les aspects du patrimoine culturel national. La Direction des arts, au sein du même ministère, participe également à la promotion des arts du spectacle et organise des festivals et des événements. Plusieurs autres acteurs de l’État (départements ministériels, instituts de recherche tels que l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), centres spécialisés, universités, etc.) et des organisations non gouvernementales participent également à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Le projet de Loi sur la gestion du patrimoine culturel, dont neuf articles traitent du patrimoine culturel immatériel, s’intéresse essentiellement aux modalités de la conception des éléments immatériels et de leur sauvegarde. L’année 2012 a vu l’adoption d’une stratégie nationale du patrimoine appelée « Patrimoine 2020 » qui se consacre tout particulièrement à promouvoir les festivals du patrimoine et à encourager les mécanismes de diffusion des informations et des connaissances, etc.
La principale institution de formation à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) qui forme à la sauvegarde des ressources culturelles et du patrimoine et enseigne l’anthropologie et l’archéologie. Plusieurs universités délivrent des diplômes (Master) de sauvegarde du patrimoine culturel dans lesquels le patrimoine culturel immatériel a sa place, et les instituts de formation aux professions du tourisme incluent, dans leurs programmes, des modules consacrés au patrimoine culturel immatériel. Dans le cadre de leurs plans d’action annuels, des organisations non gouvernementales nationales, en particulier l’Association des lauréats de l’INSAP, contribuent également au renforcement des capacités de certains acteurs,
Au fil du temps, l’INSAP a recueilli une grande quantité de documentation sur le patrimoine culturel immatériel, qui est conservée dans sa bibliothèque. En outre, la Division de l’Inventaire et de la Documentation du Patrimoine (DIDP) gère un Centre de documentation et des archives photographiques qui rassemblent presque un siècle de documentation sur le patrimoine culturel, dont une grande partie est consacrée au patrimoine immatériel. La DIDP numérise actuellement ces archives, à la fois pour les sauvegarder mais également pour les rendre accessibles en ligne aux chercheurs et au public. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un programme conjoint de coopération intitulé « Patrimoine culturel et industries créatives comme vecteur de développement au Maroc ». Ce programme est mis en œuvre conjointement par le Ministère de la Culture et le Bureau de l’UNESCO à Rabat, avec un financement de l’Espagne. L’IRCAM, qui a été créé en 2001 afin d’entreprendre des recherches sur la culture amazigh, a rassemblé de la documentation sur une période de dix ans. Les autres institutions publiques détentrices de documentation sur le patrimoine culturel immatériel sont les chaines de télévision nationales et le Centre cinématographique marocain ; plusieurs organisations non gouvernementales nationales et locales conservent également une importante documentation sur le patrimoine culturel immatériel.
Au Maroc, l’inventaire est réalisé dans le cadre d’un système intégré qui s’intéresse à tout le patrimoine, matériel et immatériel. L’une des quatre listes est dédiée au patrimoine culturel immatériel, elle est appelée Liste du patrimoine immatériel. Cette liste est en cours d’élaboration, avec 64 dossiers d’inventaire déjà créés. La DIDP est l’organe en charge de l’administration de la procédure d’inventaire et, en 2010, un système informatisé a été mis en place afin de permettre une gestion plus facile des données de l’inventaire et une libre consultation par le public. En outre, des informations sont recueillies sur le terrain par d’autres organes, tant gouvernementaux (IRCAM) que non gouvernementaux comme l’Association de Développement de la Vallée du Draâ (ADEDRA).
Le principal critère d’inscription est que l’élément présente un intérêt indéniable pour la continuité et la transmission de la culture, l’identité, la mémoire et la personnalité historique des Marocains. Sur le terrain, le principal critère est que l’élément soit initialement proposé par la communauté qui le considère comme faisant partie de son patrimoine culturel et de son identité. Lorsque la DIDP est responsable de l’inventaire (topographique ou thématique) le principal critère est la vulnérabilité du patrimoine culturel immatériel dans une région donnée, par exemple, en raison de profonds changements qui pourraient affecter la viabilité des éléments du patrimoine culturel immatériel. La viabilité est donc prise en considération et des missions d’inventaire sont souvent organisées par la DIDP dans les zones rurales, là où le patrimoine, tout en demeurant très vivant, est confronté à de grands défis.
Outre les données préexistantes (issues de projets de recherche, de travaux de terrain, etc.), les informations actuelles sur les éléments sont recueillies sur un formulaire d’inventaire qui prévoit toute une série d’informations spécifiques et qui est complété par des enregistrements photographiques et audiovisuels. La méthodologie de cette procédure a été définie en 2008 dans un manuel d’inventaire conçu par la DIDP (pour le patrimoine en général), et deux ans plus tard en 2010, dans un autre manuel consacré spécifiquement au patrimoine culturel immatériel. La dernière étape consiste à saisir les informations sur des formulaires d’inventaire numérisé. Aucune approche particulière n’est envisagée pour la mise à jour de l’inventaire mais le système informatisé permet des révisions et des ajouts faciles et une mise à jour peut avoir lieu suite à de nouvelles informations recueillies au cours d’un travail de terrain. Pendant l’inventaire et les travaux de recherche, les pratiques coutumières des communautés culturelles sont systématiquement respectées ; de même, les communautés peuvent également respecter les règles coutumières lors des festivals, expositions et autres activités de promotion des éléments.
Les efforts déployés pour promouvoir la fonction du patrimoine culturel immatériel dans la société se concrétisent par la prise en considération, par l‘État et les autorités locales, de la composante culturelle dans les programmes de planification et de développement, afin d’encourager le développement local tout en sauvegardant ces traditions et éléments qui sont le reflet de l’originalité sociale et culturelle locale. Un grand nombre d’associations communautaires attachées à la notion de développement durable ont pris en main la revitalisation des valeurs culturelles et patrimoniales locales et les ont intégrées dans les programmes destinés à stimuler les ressources économiques locales afin d’améliorer les conditions de vie. Le soutien de l’état aux petites entreprises de tourisme local - en particulier celles ayant pour objectif le tourisme culturel – repose sur les valeurs du patrimoine envisagées comme des « produits touristiques », celles-ci bénéficiant ainsi d’un regain d’intérêt pour entreprendre plus d’actions de sauvegarde et de revitalisation du patrimoine en question.
En ce qui concerne l’éducation, la création de l’IRCAM (en 2001) et la reconnaissance officielle de la langue amazigh (berbère) en 2011 et son inclusion dans le programme scolaire ont grandement contribué à la sauvegarde de la langue et de la culture berbères qui étaient, à bien des égards, menacées de disparition. L’intégration du patrimoine culturel immatériel dans les programmes scolaires n’a toutefois pas beaucoup progressé mais d’autres approches ont permis d’éduquer les populations au patrimoine culturel immatériel. Par exemple, le Département de l’artisanat a mis en place des cadres d’apprentissage à long terme pour les professions artisanales afin de revitaliser les connaissances et savoir-faire associés à l’artisanat et d’autres professions en lien avec le patrimoine culturel immatériel. En 2012, une Académie des Arts Traditionnels a été inaugurée dans la mosquée Hassan II à Casablanca. Son objectif est de perpétuer la pratique des professions traditionnelles parmi les jeunes grâce à un enseignement académique. Les festivals et autres événements festifs ainsi que les rituels sont des espaces privilégiés au sein desquels les jeunes enfants se forment, par imitation de leurs parents, à des aspects du patrimoine culturel immatériel de leur communauté (p. ex. les arts du spectacle).
Parmi les autres mesures destinées à assurer la reconnaissance, le respect et la mise en valeur du patrimoine culturel immatériel, on citera les festivals et expositions organisés au niveau local et national. Différents services du Ministère de la Culture organisent des campagnes de sensibilisation. Celles-ci se déroulent surtout lors du Mois du patrimoine (célébré tous les ans en avril et mai) avec un grand programme de séminaires, de conférences, etc. qui se tiennent dans chaque région administrative et prévoient des activités spécialement destinées aux écoles. Une émission de télévision intitulée « Métiers de mon pays » a une très grande influence, d’une part elle vise à sensibiliser la population à l’importance culturelle, identitaire et lucrative de l’artisanat national, et d’autre part elle contribue à sa sauvegarde de façon créative.
Le Maroc fait ici rapport sur quatre éléments inscrits sur la Liste représentative : l’espace culturel de la place Jemaa el-Fna (incorporé en 2008, après avoir été proclamé chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2001) ; le Moussem de Tan-Tan (également incorporé en 2008 après sa proclamation en 2005), la fauconnerie, un patrimoine humain vivant (2010 et 2012, élément multinational avec les Émirats arabes unis, l’Autriche, la Belgique, la République tchèque, la France, la Hongrie, la République de Corée, la Mongolie, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Espagne et la République arabe syrienne) ; et la diète méditerranéenne (2010, élément multinational avec la Grèce, l’Italie et l’Espagne). Dans tous les cas, l’importante couverture de l’inscription par les médias a permis d’accroitre sensiblement la visibilité non seulement des éléments mais également du patrimoine culturel immatériel dans son ensemble.
Par exemple, dans le cas de la place Jemaa el-Fna, l’inscription a sensibilisé les populations locales et les visiteurs étrangers à l’importance culturelle et historique de l’espace et a encouragé les praticiens à poursuivre leur interprétation du patrimoine culturel immatériel sur la place. La musique, les divertissements et les spectacles des amuseurs de foule continuent d’attirer de nouveaux praticiens, dont certains viennent parfois d’autres régions du monde. En même temps, le nombre de conteurs ne cesse décliner et l’inscription a vraisemblablement aussi des effets négatifs. Des inquiétudes se sont fait jour quant à la « folklorisation » de la place, des impacts négatifs du tourisme (et une perte progressive d’authenticité), des évolutions dans les attitudes des jeunes, l’expansion des activités commerciales, etc.
Le rassemblement du Moussem du Tan-Tan constitue pour les autorités et les organisations non gouvernementales un espace privilégié afin de mettre en avant le patrimoine culturel immatériel et les valeurs du patrimoine dans la vie quotidienne et de sensibiliser la jeunesse. L’événement fait également partie des activités de développement planifiées par les autorités locales. Le Haut-Commissariat aux Eaux & Forêts et à la Lutte contre la Désertification règlemente la pratique de la fauconnerie conformément aux exigences écologiques tandis que les associations de fauconnerie protègent les intérêts de leurs membres. Le Ministère de la Culture et le Conseil municipal de Chefchaouen ont entrepris un inventaire de la diète méditerranéenne qui constituera la base des informations mises à disposition du public dans un centre de documentation situé à Chefchaouen. Les communautés ont participé à la préparation des rapports, en tant que principale source d’information (p. ex. dans le cadre d’entretiens avec les praticiens ou leurs associations) et en tant que sujet des enquêtes de terrain. S’agissant des éléments multinationaux, les informations sont basées sur celles recueillies à l’occasion de l’élargissement des deux candidatures multinationales en 2012.

Sur des éléments de la liste de sauvegarde urgente

Les rapports sur chaque élément inscrit sur la Liste de sauvegarde urgente sont soumis par l’État partie le 15 décembre de la quatrième année suivant celle durant laquelle un élément a été inscrit, et tous les quatre ans par la suite.

La Taskiwin, danse martiale du Haut-Atlas occidental, inscrit en 2017

Pour accéder à la description de cet élément, au dossier original (formulaire, consentement des communautés, photos et vidéo) et à la décision d’inscription, voir la page dédiée.

Un rapport sera à soumettre pour le 15/12/2021
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